Les canaux de Mars

Lorsque la Terre occupait le centre du système solaire (et du monde, par la même occasion), on ne se posait pas la question de savoir si d'autres globes célestes pouvaient héberger la vie. Ceux qui y songeaient pouvaient se retrouver sur un bûcher. C'est seulement après le passage de Copernic que les esprits éclairés allaient pouvoir librement débattre de cette éternelle question, et redécouvrir une idée connue et abondamment discutée depuis l'Antiquité. Dans sa Pluralité des Mondes Habités (1862), Camille Flammarion écrit de sa plume si poétique:

"Les plus profonds philosophes des âges qui ne sont plus l'ont partagée, cette noble croyance, et si nous nous sommes étonné de quelque chose en étudiant son Histoire, c'est de l'oubli, c'est de l'insignifiance où elle est tombée après avoir été si anciennement et si universellement connue. Ce nous parait être l'un des plus insondables mystères de la destinée humaine, de voir l'indifférence de dix ou vingt siècles pour une vérité qui a rang parmi les bases fondamentales de la théologie et de la philosophie, et ce nous paraît être en même temps l'un de nos premiers devoirs de l'élever, cette vérité obscurcie, sur le pavois de nos connaissances actuelles, de la faire resplendir sous le grand jour de la science moderne, et de la couronner reine de nos pensées et de nos aspirations les plus chères."

Si la Terre est une planète comme les autres, il semble tout naturel de penser que les autres astres qui l'accompagnent dans sa ronde autour du soleil peuvent aussi servir de refuges à des êtres vivants, éventuellement raisonnables et doués de conscience. A partir du XVIIe siècle, l'existence d'autres mondes habités (dans le système solaire ou dans l'Univers) est communément admise par beaucoup d'astronomes et de penseurs. Il faudra cependant attendre la fin du XIXe siècle, avec la découverte des canaux martiens, pour que Mars devienne l'astre favori des explorateurs en quête d'entités célestes.

En 1686, Bernard le Bovier de Fontenelle (1657 - 1757), dans ses fameux Entretiens sur la pluralité des mondes, affirme nonchalamment que la planète rouge n'a rien de curieux et qu'elle ne vaut pas le détour. Emmanuel Kant (1724 - 1804), dans son Histoire générale de la nature (1755) néglige aussi Mars au profit de Jupiter. Plus prophétique, Emmanuel Swedenborg (1688 - 1772) n'hésitera pas à décrire Mars comme une planète habitée par des Esprits et des Anges, dont il donnera d'ailleurs une description cocasse dans son ouvrage les Arcanes Célestes. La pluralité de la vie dans l'univers est aussi discutée par Jean-Dominique Cassini (1748 - 1845), William Herschel (1738 - 1822) et Christian Huygens (1629 - 1695), par exemple dans son œuvre posthume Cosmotheoros (1698).

La planète rouge passe réellement au premier plan avec Camille Flammarion (1842 - 1925) grâce à deux ouvrages, La pluralité des mondes habités (1862, le jeune Flammarion avait seulement 19 ans) et La planète Mars et ses conditions d'habitabilité (1892 pour le premier tome, 1909 pour le second). Dans le premier ouvrage, Mars n'occupe que quelques pages, contre plus de 600 pour le second. Dans l'intervalle qui sépare ces deux œuvres majeures, la planète rouge va effectivement changer profondément d'aspect.

En 1858, le père jésuite Angelo Secchi (1818 - 1878) commence à relever (en utilisant la lunette de l'Observatoire du Vatican) les variations d'aspects de la surface martienne. Le 7 mai 1858, il décrit une large tache triangulaire très sombre, qui tire sur le bleu. A cette époque, cette région - qui n'est autre que Syrtis Major - était connue sous le nom de Hourglass Sea (la Mer du Sablier). Pourtant, le père Secchi va la baptiser canal de l'atlantique, car elle "semble jouer le rôle de l'atlantique, qui, sur Terre, sépare l'ancien continent du nouveau". Sans le savoir, Secchi vient d'utiliser pour la première fois un terme (canali) qui va déchaîner bien des passions. Syrtis Major n'est pas le seul canal qu'il observe à la surface de Mars, et il décrit également d'autres bandes noires qui strient le globe martien. Quelques années plus tard, en 1864, l'anglais William Rutter Dawes (1799 - 1868) note à son tour que la plupart des mers (étendues sombres) se terminent par des longs bras noirâtres qui semblent se lancer à l'assaut des continents (vus comme des étendues claires).

La grande illusion de Schiaparelli

Arrive alors sur scène Giovanni Virginio Schiaparelli (1835 - 1910), l'une des grandes figures de l'astronomie italienne du XIXe siècle, et qui deviendra l'expert incontesté de la planète Mars pendant deux décades. Durant la grande opposition de 1877 (Mars était alors à 64 millions de km de la Terre), Schiaparelli, alors directeur de l'Observatoire Brera à Milan, commence à s'intéresser aux planètes du système solaire, et plus particulièrement à Mars. Pressé de savoir si les qualités optiques de la nouvelle lunette de 22 centimètres de diamètre installée à Brera en 1877 seront suffisantes pour étudier les surfaces planétaires, Schiaparelli pointe le long tube vers la planète rouge. Il constate bientôt que l'aspect de la surface martienne ne correspond pas exactement aux différentes cartes publiées jusqu'ici, et décide de réaliser la sienne. Observateur méticuleux, Schiaparelli ne veut pas s'appuyer uniquement sur une estimation subjective de la position des différentes marques qui constellent la surface de Mars. Pour réaliser une carte qui soit la plus précise possible, il va mesurer grâce à un micromètre les coordonnées de 62 points fondamentaux. Cette manière de procédé expliquera en partie la nature incroyablement géométrique de ses cartes. Camille Flammarion déclarera que la carte de Schiaparelli est un travail remarquable, fruit d'une grande persévérance, d'un œil exercé, de l'utilisation d'un bon instrument et de la mise au point d'une méthode d'observation rigoureuse.

Schiaparelli ne fut pas le premier à observer et esquisser les canaux martiens, comme il convient maintenant de les nommer. Quelques lignes apparaissent déjà sur les dessins de Schroeter, et d'autres sont visibles sur les cartes de Beer et Mädler. Secchi, Kaiser, Lockyer et Dawes les avaient aussi observés. Mais Schiaparelli fut véritablement le premier à en faire le motif dominant de la géographie martienne. Pour l'astronome italien, la surface de la planète rouge est avant tout caractérisée par des formations linéaires noires, qui strient Mars comme les fils d'une toile d'araignée.

Schiaparelli est un observateur doté d'un regard d'aigle, et il perçoit une multitude de détails à la surface de Mars. Pour désigner ces nombreuses formations, il doit bientôt se résoudre à établir une nouvelle nomenclature. Plutôt que d'adopter celle proposée par Proctor, l'astronome va utiliser ses connaissances intimes en mythologie et littérature classique pour baptiser sous un nouveau jour les formations martiennes, qui se voient bientôt affubler de noms romantiques et particulièrement évocateurs.

La nomenclature de Schiaparelli ne fait pourtant pas l'unanimité dans le petit cercle des spécialistes de Mars. Nathaniel Green (1823 - 1899) ne la voit ici pas d'un très bon œil, étant donné qu'il a choisi celle de Proctor pour sa propre carte. Cette décision d'imposer une nouvelle toponymie va avoir et continue d'avoir, même encore aujourd'hui, des conséquences sur la façon dont nous imaginons Mars. Malgré notre société technologique, l'âme humaine soupire toujours autant à des paradis perdus, et se languit d'entendre des récits héroïques, où des hommes ont bravé mille périls pour rencontrer leur destinée. Il ne fait aucun doute que l'utilisation de noms aussi porteur de sens que ceux choisis par Schiaparelli, et qui font autant appels aux émotions et à l'imaginaire, explique l'émergence d'une mythologie martienne, qui prendra une ampleur considérable avec l'affaire des canaux martiens. Mais revenons à ces derniers.

Pour décrire les étonnantes structures linéaires de la surface martienne, Schiaparelli va utiliser le terme canali, reprenant donc la formule employée pour la première fois par Secchi en 1858. En italien, canali signifie chenal ou bras de mer. Pour Schiaparelli, il ne faisait aucun doute que les lignes noires qui parcouraient la surface martienne étaient naturelles, et le terme canali lui est donc apparu comme particulièrement approprié. Malheureusement, canali sera traduit ultérieurement en anglais par canal, qui évoque alors indubitablement un ouvrage artificiel. Ironie de l'histoire, en 1854 Schiaparelli était sorti de l'Université de Turin avec en poche un diplôme d'ingénieur ... hydraulicien !

En 1879, Schiaparelli découvre que l'un des canaux, le Nilus, situé entre Lunae Lacus et Ceranuis, s'est dédoublé. Pour qualifier cet étrange phénomène, il emploie le terme "gémination". La gémination touchera bientôt d'autres canaux, et nombreux sont ceux qui seront représentés sur les cartes par des lignes uniformes et parallèles, ce qui renforce encore plus un peu leur aspect artificiel.

Si la découverte des canaux martiens constitue une petite révolution en astronomie, elle ne fait cependant pas l'unanimité, et Schiaparelli est confronté à une vague de scepticisme qui parcourt l'Europe et les Etats-Unis. En 1877, depuis Madère (une île située au large de la côte ouest du Maroc et appartenant au Portugal), l'astronome amateur et dessinateur professionnel anglais Nathaniel Green, l'œil rivé sur un télescope de 33 centimètres de diamètre, réalise sa propre carte de Mars. Cette dernière, très moderne (elle ressemble à s'y méprendre aux cartes que les astronomes amateurs dessinent aujourd'hui après des heures d'observations), ne montre aucun canal. Entre la carte de Schiaparelli et celle de Green, le contraste est frappant. Green a accouché d'un portrait artistique de la planète, alors que Schiaparelli, avec sa vision micrométrique et son daltonisme, a conçu une mappemonde que l'on croirait tracé à l'encre de chine. L'un a produit une image, l'autre un plan.

Malgré l'insistance de Schiaparelli à affirmer l'existence des canaux martiens ("il est aussi impossible de douter de leur existence que de celle du Rhin sur la Terre" écrira-t-il à Nathaniel Green), l'astronome anglais campe sur ses positions. Il critique également la nouvelle nomenclature créé par Schiaparelli. Pour Green, les canalistes dessinent des choses qu'ils ne voient pas. Ces derniers répliquent en clamant que ceux qui doutent de la réalité des canaux sont simplement de piteux observateurs. Austère et artificielle, la carte de Schiaparelli dépeint un monde totalement différent de celui qu'aperçoivent les observateurs doués d'un minium de sensibilité artistique et d'habilité à dessiner.

Pourtant, malgré le scepticisme ambiant, de plus en plus d'observateurs se rallient aux travaux de Schiaparelli. Au premier abord, pour le quidam, il semble bel et bien que la surface martienne, telle qu'il est possible de l'observer dans l'oculaire d'une lunette ou d'un télescope, n'ait en effet absolument rien à voir avec le canevas de lignes tirées au couteau des cartes de Schiaparelli. Mais c'est oublier le pouvoir de la suggestion sur l'esprit humain. Assis devant leurs télescopes, les observateurs étaient inconsciemment guidés par l'influence et l'autorité de Schiaparelli, ainsi que sa carte, qu'ils tenaient d'ailleurs bien souvent en main. Cette dernière leur suggérait subtilement ce qu'ils devaient apercevoir pour pouvoir se targuer d'être un spécialiste. L'attente anxieuse de pouvoir s'y retrouver créait l'illusion, et le processus pervers se renforçait à chaque nouvelle observation. Petit à petit, il devenait impossible de voir Mars d'une autre manière que celle imposée par le grand astronome italien.

Une première grande victoire dans la bataille des canaux martiens viendra de deux français, Henri Perrotin (1845 - 1904) et Louis Thollon (1829 - 1887). En 1886, après bien des efforts, installés derrière la lunette de 38 centimètres de l'Observatoire de Nice, les deux observateurs verront enfin apparaître les canaux martiens, qui se dévoilent pratiquement tels qu'ils ont été représentés sur les cartes de Schiaparelli. Deux années plus tard, au cours de l'opposition martienne suivante, Perrotin mettra à profit la nouvelle lunette de 76 cm de l'Observatoire de Nice pour asseoir ses conclusions. Celles-ci ne tarderont cependant pas à être contestées par des astronomes américains travaillant à l'Observatoire Lick au mont Hamilton (Etats-Unis), qui disposent d'un instrument encore plus puissant. Depuis le continent américain, Asaph Hall (1829 - 1907), le découvreur des lunes de Mars, ne parvenait pas lui non plus à observer la moindre ligne rectiligne à la surface de Mars.

De son côté, Schiaparelli délaisse le télescope de 22 centimètres pour un nouvel instrument plus puissant d'un diamètre de 49 centimètres. Il utilisera ce dernier pour observer Mars lors des oppositions de 1886, 1888 (année au cours de laquelle il publie sa grande carte de Mars) et 1890. Bien qu'il continue à observer avec toujours plus de précision les canaux martiens, Schiaparelli ne se risque pas à proposer une explication quant à leur origine. Il laisse cette tâche délicate à ses contemporains. Certainement influencé par les hypothèses avancées des années auparavant par Francesco Fontana (1585-1685), William Herschel et Jean-Dominique Cassini (pour qui Mars pouvait être, comme la Terre, une planète habitée), et fasciné par l'existence possible d'une vie extraterrestre sur les autres planètes du système solaire, Camille Flammarion va oser une hypothèse sensationnelle : Les canaux sont bien trop droits et rectilignes pour avoir une origine naturelle, et les différentes idées classiques qui sont proposées pour expliquer leur présence sur Mars (fractures de la croûte dues au refroidissement de la planète, crevasses géantes entaillant des champs de glace) ne sont pas recevables. Pour Flammarion, qui est convaincu que la planète rouge abrite une civilisation intelligente, les canaux pourraient être un vaste système d'irrigation à l'échelle planétaire, conçu et construit par des martiens. Cette spéculation, émise en 1892, va littéralement enflammer l'imagination d'un américain du nom de Percival Lowell.

Percival Lowell, une obsession martienne

Percival Lowell est née à Boston dans une famille riche et influente. Très tôt, il fît preuve d'une énergie débordante, et semble bénéficier d'un magnétisme d'une intensité tout à fait inhabituel, qui marquera tous ceux qui le rencontreront. Très doué pour les langues et les mathématiques, Lowell commence sa carrière en dirigeant les usines textiles de son grand père. Nous sommes en 1877, l'année de la découverte des canaux martiens par Schiaparelli.

Après 6 années de labeur, blasé par son travail et inspiré par une série de conférences sur la culture japonaise, Lowell décide soudain d'entamer un voyage en Orient pour découvrir ces peuples exotiques et spirituels. Comme Camille Flammarion, Lowell cultive un intérêt pour l'occulte, et le Japon représente un milieu idéal pour connaître et vivre des expériences mystiques. Lowell restera 10 ans au pays du soleil levant, après s'être vu offert un poste de diplomate, et écrira une série de livre sur le Japon (dont "l'esprit de l'orient" en 1888 et "le japon occulte" en 1895). L'enthousiasme de Lowell pour le Japon finit cependant par se tarir, ce dernier ayant de plus en plus de mal à supporter "l'inefficacité et l'irrationalité" du peuple japonais.

En 1892, pour son dernier voyage au Japon, Lowell emporte avec lui un petit télescope de 15 centimètres de diamètre, qu'il avait utilisé dans son enfance pour explorer les beautés éthérées de la voûte céleste. En octobre 1893, alors qu'il s'apprête à quitter Tokyo de manière définitive, Lowell est loin de se douter qu'un simple cadeau de noël va bientôt changer sa vie à jamais. En décembre 1893, de retour à Boston, il reçoit le livre richement illustré de Camille Flammarion "la planète Mars" de la part de sa tante Mary Putnam, qu'il dévore en un clin d'œil. Aussi soudainement qu'il s'était laissé attirer par les charmes de l'Orient, Lowell s'enflamme pour la planète rouge.

Dès 1890, Lowell correspondait avec William Pickering (1858 - 1938), l'ancien directeur de l'Observatoire d'Arequipa dans les Andes péruviennes, qui avait été proprement remercié par son propre frère suite à la publication de résultats un peu trop sensationnels liés à Mars. Pickering cherchait depuis à financer une expédition dans les déserts prometteurs d'Arizona pour observer Mars lors de l'opposition d'octobre 1894. Au début de cette même année, après avoir essuyé plusieurs échecs, il prend contact avec un Percival Lowell en proie avec une grande excitation.

Plutôt que de mettre sur pied une expédition, Lowell décide avec sa fortune personnelle de bâtir un véritable observatoire pour étudier le système solaire, qu'il pensait habité par toutes formes de vie intelligentes. L'un des assistants de Pickering à Arequipa, Andrew Douglass, va être chargé de localiser le site idéal pour le futur observatoire. Équipé du petit télescope que Lowell avait apporté avec lui au Japon, Douglass va mesurer les conditions atmosphériques de nombreux sites (Tombstone, Tucson, Tempe, Phœnix, Prescott et Ash Fork). Il arrivera finalement à Flagstaff, un site qui finira par avoir la préférence de Lowell. Coté instrument, Lowell va faire installer deux lunettes de respectivement 30 et 46 centimètres de diamètre.

Lowell arrive sur le site de Flagstaff le 28 mai 1894, mais il devra attendre 3 jours avant que le ciel n'accepte finalement de devenir clément, et lui permette d'admirer la planète Mars derrière l'oculaire de la lunette de 30 centimètres. Lowell est très rapidement fasciné par la ressemblance du disque martien qui flotte dans l'oculaire et les paysages désertiques de Flagstaff. Pour lui, c'est une évidence, la planète Mars est un désert, terme qu'il va utiliser presque aussitôt pour décrire ses observations. Quant aux canaux, il écrira le 19 juin qu'avec la meilleure volonté du monde, il n'en voit aucun. Un commentaire particulièrement savoureux, au vu de la trace qu'il laissera dans l'histoire.

Après un mois d'observation, Lowell retourne à Boston, laissant l'observatoire aux mains de Pickering et Douglass. Pickering tente de mesurer la polarisation de la lumière réfléchie par les zones sombres, en vain. Une polarisation des rayons lumineux devrait pourtant pouvoir être observée si les étendues sombres correspondaient à des plages d'eau liquide. De son côté, Douglass confirme les observations que Pickering a réalisé au Pérou en 1892 : certains canaux traversent effectivement les zones sombres. Lowell, qui adhérait jusqu'à présent à la vision maritime de la planète Mars (défendue notamment par Camille Flammarion), bascule de plus en plus du côté de la théorie végétale. Cependant, il débute une cartographie des canaux, et commence à voir Mars comme un Monde en proie à la dessiccation, empli d'âmes espérant désespérément survivre en drainant l'eau des calottes polaires vers les terres arides et desséchées. L'opposition martienne de 1894 n'est pas encore terminée que Lowell expose ses conclusions dans la presse, ou elles reçoivent, on s'en doute, un accueil pour le moins passionné. En décembre 1895 il publie son premier livre sur le sujet, sobrement intitulé "Mars". Les cartes de Lowell sont encore plus artificielles que celles de Schiaparelli. Le célèbre astronome et vulgarisateur contemporain Carl Sagan dira de Lowell qu'il a sans doute été le pire artiste à s'assoir derrière un télescope. Ses croquis et esquisses montrent un globe constellé de polygones et de lignes droites, comme si la planète entière avait été colonisée par une civilisation avancée. Quant à sa théorie, elle est bientôt attaquée de toute part par le feu de nombreux astronomes professionnels.

En 1896, Lowell achète pour 20 000 dollars un nouvel instrument de 61 cm de diamètre, la lunette de Clark, et l'installe à Flagstaff. Comme le disque martien est trop petit, il se met par dépit à la pointer vers Vénus, et les observations qu'il va alors réaliser vont fortement entamer la crédibilité des travaux effectués jusqu'à présent sur Mars. Effectivement, alors que tous les astronomes s'entendent sur le fait que le disque vénusien ne montre aucun détail notable (Vénus étant totalement couverte par une épaisse atmosphère nuageuse, aucun relief de la surface n'est effectivement visible), Lowell va commencer à y avoir des marques qui ressemblent plus à des lignes qu'à des points ...

Fin 1986, l'astronome amateur déménage son observatoire à Tacubaya, près de Mexico City, pour bénéficier de conditions plus favorables pour l'opposition martienne. En avril 1897, il décide de réintégrer Flagstaff, ayant décidé que l'endroit n'était finalement pas si mal que ça : Lowell avait compris l'importance des conditions atmosphériques sur la qualité des observations, et ce quelque soit la taille de l'instrument. Ses idées sur l'importance du seeing étaient d'ailleurs assez novatrices pour l'époque. Cependant, à peine rentré chez lui, Lowell découvre avec stupéfaction que ses observations de Vénus ont été accueillies avec une grande hostilité par la communauté scientifique. Percival Lowell tombe alors en dépression nerveuse, et se retire du monde de l'astronomie pendant 4 ans. Durant cette période sombre, l'Observatoire de Flagstaff fut placé sous la direction de Douglass. En se livrant à des expériences avec des disques artificiels, l'astronome remarqua combien il était facile de voir apparaître des lignes imaginaires. Mis au courant, Lowell le remercia, et Douglass dût quitter ses fonctions. L'astronome sera ensuite rejoint par le tandem Vesto Melvin Slipher et Earl Carl Slipher.

Remis de ses tourments vénusiens, Percival Lowell reprend ses travaux sur Mars. En 1900, il a référencé plus de 400 canaux. Pour lui, il n'y a désormais plus aucun doute. Les canaux qu'il aperçoit sont bien trop rectilignes pour ne pas être artificiels. Ce sont bel et bien les composants d'un vaste système d'irrigation mis en place par les Martiens à la surface de Mars, pour lutter contre une sécheresse grandissante. Lowell décrit les ouvrages martiens avec un luxe de détails, et imagine par exemple qu'une bande de végétation d'une trentaine de kilomètres borde chaque canal sur toute sa longueur. Selon lui, les taches que l'on peut observer à l'intersection des canaux ne sont pas autre chose que des lacs et des oasis. Doté d'une imagination débridée, Lowell a également une hypothèse toute trouvée pour expliquer la gémination de certains canaux : en cas d'obstruction de l'un des canaux, les martiens peuvent se rabattre sur le deuxième et continuer à acheminer l'eau vers les régions ou elle fait défaut.

La vision de Lowell sur la planète Mars devient très populaire. L'homme est un habile conférencier, et un publiciste doué, qui stimule l'imagination de plusieurs artistes de renom. Ainsi, en 1898, on assiste à la parution de La Guerre des mondes, un des chefs d'œuvres de Herbert George Wells (1866 - 1946). Dans ce roman fortement inspiré des travaux de Lowell, les martiens abandonnent une planète mourante pour partir à la conquête de la Terre. On se souvient aussi de la fameuse adaptation radiophonique d'Orson Welles qui sema la panique sur la côte Est des Etats-Unis le 30 octobre 1938. Sur les six millions d'auditeurs qui écoutèrent cette émission, un million crut vraiment qu'il s'agissait d'une invasion martienne et cherchèrent à fuir.

Pourtant, dès le début du vingtième siècle, plusieurs astronomes nient farouchement l'existence des canaux. Malgré l'utilisation de lunettes plus puissantes que celles qui équipent l'Observatoire de Flagstaff, des observateurs doués comme Edward Emerson Barnard (1857 - 1923) au mont Hamilton, Gaston Millochau en France, ou encore le britannique Percy Braybrooke Molesworth à Ceylan et l'italien Vincenzo Cerulli, sont incapables de distinguer le moindre canal, même en écarquillant les yeux. Au contraire, avec l'augmentation de la puissance optique, le niveau de détails de la surface martienne devient déconcertant, au point où il est pratiquement impossible d'en rendre compte par le dessin. Quand la ligne sombre et rectiligne d'un supposé canal était pointée avec un instrument de grand diamètre, elle se résout bien vite en un ensemble complexe et labyrinthique de pointillées et de globules aux contours flous. De plus, si des mesures spectroscopiques effectuées dans les années 1960 et 1970 par Williams Huggins en Angleterre, Jules Janssen (1824 - 1907) en France et Hermann Vogel en Allemagne laissaient penser que l'atmosphère martienne contenait de la vapeur d'eau, des analyses effectuées en 1894 par William Wallace Campbell (1862 - 1938) - directeur de l'Observatoire du Lick et némésis de Lowell - indiquaient que l'air martien était en fait aussi sec que celui de la Lune. Des expériences menées avec des disques sur lesquels avaient été dessinés des marques en pointillées, du type de celles proposées par Maunder et Evans, permirent de démontrer à quel point les canaux pouvaient être illusoires.

Les premières photographies des canaux martiens

Pour beaucoup, le seul moyen définitif pour trancher était de saisir sur le vif ces fameux canaux en ayant recourt à la photographie. En 1905, une première série d'images est obtenue depuis l'Observatoire de Lowell par Carl Otto Lampland (1873 - 1951), un pionnier de la photographie planétaire. Le 28 mai, le New York Times révèle que les clichés montrent des canaux, qui ont donc été immortalisés avec succès pour la première fois, et ce à la grande surprise de Schiaparelli lui-même. En 1906, Percival Lowell publie son œuvre maitresse, "Mars et ses canaux", à une période où l'intérêt du public pour la planète rouge est immense. Il ne pourra cependant pas y inclure les photographies de Lampland, qui se révèlent impossibles à reproduire correctement sur papier, la faute à la piètre qualité des émulsions employées, peu sensibles et aux grains trop grossiers.

Appelé à passer en revue "Mars et ses canaux", Alfred Russel Wallace (1823 - 1913), le codécouvreur de la théorie de l'évolution des espèces par le jeu de la sélection naturelle avec Charles Darwin, est tellement agacé qu'il publie en retour un livre intitulé "Est ce que Mars est habitable ?". Il s'agit d'une critique dévastatrice des opinions de Lowell. Wallace va pointer du doigt le fait que la surface martienne connait sans doute des températures glaciales, bien inférieures à celles du sud de l'Angleterre, et que sur une planète gelée et désertique, sous un ciel sans nuages, seuls des fous, et non pas une espèce supérieurement intelligente, pourrait chercher à conduire de l'eau liquide depuis des calottes jusqu'à l'équateur dans des canaux à ciel ouvert. Wallace écrit : "essayer de faire voyager ce maigre surplus dans des canaux toujours pleins, de l'autre côté de l'équateur dans l'hémisphère opposé, à travers de terribles déserts et sous un ciel sans nuage, comme M. Lowell nous le décrit, serait plutôt l'œuvre de fous que d'êtres intelligents. Il est tout à fait certain que pas une seule goutte de cette eau n'échapperait à l'évaporation ou à une infiltration dans le sol, et cela dès les cent cinquante premiers kilomètres".

Le public, plus sensible au style poétique de Lowell qu'à une quelconque rigueur scientifique, continue cependant d'adhérer aux idées du célèbre astronome. Ce dernier va récidiver en publiant en 1907 son dernier ouvrage, "Mars as the Abode of Life".

Earl C. Slipher, qui prendra la succession de Lowell à Flagstaff, obtient de nouveaux clichés en 1907 depuis Alianza au Chili. Malgré les commentaires euphoriques de Lowell et de Slipher, les 13 000 clichés obtenus sont décevants. Certes, sur certains d'entre eux, on aperçoit un certain nombre de traînées sombres avec des bords dégradés, à l'emplacement des principaux canaux. Mais leur apparence est floue et diffuse, et ces traits ne ressemblent pas aux lignes noires, nettes et géométriques des cartes dressées à partir d'observations visuelles. Ce qui n'empêche pas le Wall Street Journal de présenter ces clichés comme l'un des évènements majeurs de l'année 1907. Selon le célèbre journal, les clichés de Slipher sont effectivement une confirmation éclatante qu'une vie consciente et intelligente existe sur la planète Mars. Les droits de publication, durement acquis, sont gagnés par le magazine Century. Hélas, comme dans le cas de "Mars et ses canaux", la reproduction des fins détails captés sur les photographies s'avérera particulièrement ardue. Les clichés de Slipher vont pourtant avoir raison du scepticisme de Schiaparelli. Ce dernier, qui a pourtant réalisé ses propres expériences sur la subjectivité de la vision, se range aux idées de Lowell. L'effet des clichés sera le même sur Cerulli, qui était pourtant fondamentalement opposé à l'idée de reconnaitre l'existence des canaux. A l'inverse, d'autres astronomes, comme Campbell, ne se montreront pas le moins du monde impressionné.

Slipher continuera ses travaux photographiques jusque dans les années 1960 et publiera en 1962 un livre intitulé "The photographic story of Mars" et présentant 500 clichés de la planète rouge réalisés sur une période couvrant six décennies. Jusqu'à la fin de sa vie, il n'admettra jamais le caractère illusoire des canaux. Pourtant, aucune des photographies obtenues ne réglera définitivement la controverse des canaux, et ces derniers continueront à déchaîner les passions pendant de nombreuses années. Pour la grande majorité de la communauté scientifique cependant, l'affaire des canaux martiens prendra véritablement fin lors de l'opposition de 1909. Cette année-là, la planète Mars allait particulièrement favoriser les observatoires astronomiques de l'hémisphère nord, et les plus grands télescopes disponibles à l'époque allaient être pointés avec fébrilité vers l'astre rouge.

Eugène Antoniadi et l'opposition de 1909 : la fin d'une illusion

Le 20 septembre 1909, à l'aide de la grande lunette de 81 cm de l'Observatoire de Meudon, l'astronome grec Eugène Antoniadi, qui fut l'assistant de Camille Flammarion à l'Observatoire de Juvisy, commence ses observations. Les conditions sont absolument idéales, à cause d'une inversion de température au-dessus de Paris, et les premières vues de la planète Mars qui s'offriront à l'astronome seront les meilleures de toute sa carrière. Pour Eugène Antoniadi, ce qui flotte dans l'oculaire est une révélation. Il découvre la nature illusoire des canaux, en notant toutefois qu'ils reposent sur une base réelle. Une quantité relativement importante de taches, de points, de zones déchiquetées du sol martien s'alignent effectivement pour former un canevas de lignes sombres. Cependant, ces alignements, toujours grossiers, n'ont pas cet aspect idéal des cartes martiennes réalisées jusqu'à présent. En continuant ses observations, Antoniadi va réaliser les cartes les plus détaillées de la surface martienne qui aient jamais été produites avant le début de la période spatiale.

Aux Etats-Unis, Edward Barnard confirme ces résultats à l'aide de la lunette de 1 mètre de l'Observatoire de Yerkes, de même que George Ellery Hale avec le télescope de 1,52 mètre du mont Wilson. Enfin, les observations réalisées en 1941 au Pic du Midi (par Bernard Lyot et Jean Focas) enfonceront un peu plus les clous sur le cercueil des canaux martiens. Comment un phénomène aussi intangible a-t-il pu tenir les astronomes du monde entier en échec durant une aussi longue période de temps ? Les causes de la grande illusion des canaux martiens sont multiples, et ces derniers posent d'ailleurs une redoutable question : de quel côté du télescope l'intelligence est-elle ?

Avec des instruments trop petits, l'astronome utilise souvent des grossissements qui excèdent de beaucoup le grossissement théorique, d'où une perte considérable de luminosité qui entraîne une fatigue de l'œil. Des alignements fortuits de petites taches et éclaboussures sombres se transforment soudain en lignes géométriques. La mauvaise qualité générale de certains des instruments employés a également joué un rôle. Avec des instruments plus conséquents, c'est la turbulence de l'atmosphère qui peut expliquer l'illusion. Des alignements grossiers de petites taches sont entrevus par instants comme une seule ligne bien droite. L'observateur interprète ensuite ces visions en les idéalisant sur le papier.

Dès 1894, l'astronome anglais Edward Walter Maunder (1851 - 1928), l'un des plus fervents opposants aux théories de Lowell, avait déjà démontré par l'expérience qu'à partir d'une certaine distance, des points et des segments discontinus finissent par apparaître comme une ligne continue. Pour cette expérience, Maunder avait mis à contribution les quelques 200 élèves de sa classe. Après avoir placardé sur un tableau un dessin de Mars (réalisé d'après ses propres observations, et ne comportant donc aucun canal), Maunder avait demandé à ses étudiants de le recopier. Lorsque les élèves ont rendu leur copie, Maunder s'est aperçu que le résultat variait avec la position des dessinateurs. Les croquis exécutés par les élèves assis aux premiers rangs étaient conformes à l'original. Par contre, sur les esquisses provenant du fond de la classe, de fines lignes ressemblant aux canaux martiens commençaient à apparaître. Lowell, irrité par cette expérience (publiée par Maunder dans un livre intitulé "les planètes sont-elles habitées ?"), répliqua qu'un individu observant une ligne télégraphique depuis des endroits plus ou moins éloignés verra toujours cette dernière sous la forme d'une ligne droite.

L'aspect psychologique ne doit pas non plus être négligé, bien au contraire, les êtres humains ayant la fâcheuse tendance à ne voir que ce qui les arrangent. Une fois qu'un expert établi et reconnu a donné son point de vue, inévitablement ses collèges et successeurs vont commencer à voir ce qui est attendu, améliorant encore une vue qui, pour aussi détaillée et documentée qu'elle soit, n'en demeure pas moins depuis le début fallacieuse et illusoire, à l'image de la fable de l'Empereur. Dans l'observation martienne comme dans de nombreux autres domaines, les pièges les plus subtils attendent l'observateur le plus aguerri. Toutes les attentes, préjugés et connaissances, conscientes et inconscientes, jouent un rôle immense dans la façon dont nous interprétons la réalité. Les effets de la suggestion par autrui sont si forts que la réalité finit par disparaître au profit d'une chimère qui semble aussi solide et sincère que du béton. D'une manière dogmatique, sans qu'il en soit pleinement responsable, Schiaparelli avait appris aux autres observateurs comment regarder Mars, et ces derniers ne pouvaient dès lors plus voir autre chose que ce que l'astronome italien leur demandait d'apercevoir. Nous touchons ici du doigt ce qui semble être l'une des plus grandes faiblesses de l'être humain, c'est à dire la capacité à critiquer et à se faire sa propre opinion, par-delà les opinions et travaux d'experts patentés et autres figures d'autorité.

Observé au travers d'un télescope, le disque de Mars est également une surface vierge, qui va jouer le rôle d'un véritable miroir pour les désirs humains, en particulier ceux refoulés, qui pourront ainsi être projetés vers l'extérieur par le psychisme, dans une tentative vaine mais néanmoins active de s'en débarrasser. Ce mécanisme de projection est l'un des plus connus de la psychologie humaine. Ainsi, pour des arguments souvent très personnels, que cela soit une carrière à continuer, une réputation à préserver, un mentor à ne pas décevoir, une fierté à défendre, certains observateurs se sont tellement accrochés à l'existence des canaux martiens qu'ils n'ont jamais pu admettre leur nature fantaisiste, malgré une masse de preuve qui se faisait de plus en plus accablante. De tous, le cas le plus fascinant est sans doute celui de Percival Lowell. Quelle était la motivation principale, fondamentale, de cet homme hors norme ? Un désir dévorant d'ailleurs, une ambition sans borne pour la reconnaissance, l'envie d'en découdre avec ses pairs professionnels, nous ne le saurons sans doute jamais.

Le 12 novembre 1916, Percival Lowell décède d'une hémorragie cérébrale. Jusqu'à son dernier souffle, il fut convaincu de la justesse de ses vues, estimant que tous les nouveaux faits découverts depuis sa révélation en 1985 n'ont fait que confirmer ce qu'il avait toujours soutenu, à savoir que la planète rouge était habituée par une intelligence supérieure, et que l'existence des canaux en était la preuve la plus concrète. Earl Carl Slipher, directeur de l'Observatoire de Lowell à Flagstaff, s'éteignit en 1964. Durant toute sa carrière, il aura obtenu environ 126 000 images de la planète rouge entre 1905 et 1964.  Il fut convaincu jusqu'à la fin de la réalité des canaux martiens, puisqu'il parvenait à les immortaliser. Sa carte de 1950 fut officiellement utilisée pour préparer les premières missions martiennes américaines, dont Mariner 4. Elle était bien entendu entièrement couverte d'un bout à l'autre d'un réseau de canaux.

Le 15 juillet 1965, la sonde Mariner 4 survole Mars et prouve de manière définitive que les canaux n'existent pas. En quelques minutes et avec l'aide d'une poignée de clichés, elle va détruire un siècle de fantasmes. Malgré cela, les cartes qui serviront à préparer les missions suivantes (comme celle de Mariner 9 en 1971) montrent encore un très grand nombre de canaux. Ironie du sort, Mars ne possède en fait qu'une seule structure, certes gigantesque et unique dans le système solaire, capable d'évoquer un canal géant, et qui apparaît de surcroit sur les cartes de Schiaparelli sous le nom d'Agathodaemon : le canyon de Valles Marineris.

Malgré les révélations dévastatrices car décevantes de Mariner 4, le mythe des petits hommes verts à la vie dure et un rêve chasse l'autre. Après la deuxième guerre mondiale, le phénomène des OVNI explosa. Pour beaucoup, ces objets volants non identifiés étaient à mettre en rapport avec Mars. Plus tard, au cours de la phase d'exploration de la planète, des nombreux chercheurs de renom espéraient encore trouver des formes de vie évoluées sur Mars. Pour certains, les changements saisonniers de la couleur du sol martien pouvaient s'expliquer par l'apparition et la disparition de végétaux, mousses ou lichens. Pour d'autres, Mars connaissait une vie, mais sous la forme de micro-organismes identiques aux bactéries terrestres. C'est encore une sonde spatiale qui va anéantir ces nouveaux espoirs. En 1976, les atterrisseurs de la mission Viking se posent sur le sol de la planète rouge. Le verdict est sans appel : Mars n'est qu'un vaste désert stérile.

Pour les hommes habitués à rêver, la réalité a parfois un goût très amer.

Angelo Secchi

Le père Angelo Secchi (1818 - 1878), qui va pour la première fois employer le terme de canal pour décrire certaines caractéristiques aperçues à la surface de Mars (Crédit photo : droits réservés).

Giovanni Schiaparelli

Giovanni Schiaparelli (1835 - 1910) dont l'influence sur les observations de la planète Mars entreprises depuis la Terre sera considérable. Sa nomenclature des reliefs martiens est encore en vigueur aujourd'hui (Crédit photo : droits réservés).

Les canaux de Schiaparelli

Carte des canaux martiens, dessinée par Giovanni Schiaparelli en 1877 (Crédit photo : Cosmos de Carl Sagan).

Carte de la surface martienne dessinée par Schiaparelli

Carte dessinée par Giovanni Schiaparelli, et compilant ses observations sur la période 1877 - 1886. Schiaparelli avait décidé de ne pas faire confiance uniquement à ses yeux, et sa carte était basée sur des mesures micrométriques précises des latitudes et longitudes. Cliquez sur l'image pour l'agrandir (Crédit photo : La planète Mars de Camille Flammarion).

Carte de Mars réalisée par le peintre professionnel Nathaniel Green lors de l'opposition de 1877 depuis l'île de Madère et utilisant la nomenclature de Proctor. A comparer avec la carte tirée au cordeau de Schiaparelli ci-dessus (Crédit photo : © droits réservés).

Carte de la surface martienne dessinée par Schiaparelli

Carte de la surface de Mars dessinée en 1888 par Giovanni Schiaparelli. Les canaux sont devenus le motif dominant de la géographie martienne. Cliquez sur l'image pour l'agrandir (Crédit photo : droits réservés).

Percival Lowell

Percival Lowell (1855-1916), millionnaire passionné et excentrique qui voua une partie de sa vie à l'étude de la planète rouge (Crédit photo : droits réservés).

Percival Lowell

Percival Lowell en pleine observation de la planète Mars dans son observatoire de Flagstaff en Arizona (Crédit photo : droits réservés).

Dessin de Percival Lowell

Un dessin original de Percival Lowell, tiré de son ouvrage "Mars" paru en 1895 (Crédit photo : Percival Lowell, Mars).

Les canaux de Lowell

Pour Percival Lowell, le globe martien est recouvert par une myriade de canaux qui forment comme une toile d'araignée géométrique. L'astronome en dénombrera plusieurs centaines (Crédit photo : Percival Lowell, Mars as the Abode of Life, 1908).

Canaux sur Venus

Un dessin de Percival Lowell de la surface de la planète Vénus réalisé en 1896, qui va beaucoup contribuer à décrédibiliser ses travaux sur Mars (il dessinera également le même type de lignes sur Mercure !). La couverture nuageuse entourant Vénus étant impénétrable, ce que Lowell aurait dessiné ici n'aurait été que la réflexion des vaisseaux sanguins de son œil (Crédit photo : Lowell Observatory).

Le 27 août 1911, le New York Times annonce une découverte spectaculaire de l'astronome Percival Lowell : en deux ans, avec des efforts herculéens, les ingénieurs martiens ont construit deux immenses canaux supplémentaires à la surface de la planète rouge ! (Crédit photo : © droits réservés).

Canaux martiens

Une vision romantique des canaux martiens. Au premier plan, on aperçoit les glaces polaires, d'où les canaux tirent leur source (Crédit photo : Chesley Bonestell).

Article de journal paru dans le Boston Globe en 1907 annonçant la photographie des canaux martiens par Earl C. Slipher depuis les Andes (Crédit photo : © droits réservés).

Ensemble de photographies de la planète Mars obtenues par Earl C. Slipher pour tenter de prouver la nature réelle des canaux martiens, alors qu'un nombre croissant d'astronomes avaient définitivement renoncé à croire en leur existence (Crédit photo : © Cambridge, Mass., Sky Pub. Corp., 1962)

L'un des croquis réalisé par Eugène Antoniadi avec la grande lunette de l'Observatoire de Meudon, le 5 septembre 1924 (Crédit photo : droits réservés).

Carte de la surface de Mars dessinée par Eugène Antoniadi (1909). Cliquez sur l'image pour l'agrandir (Crédit photo : droits réservés).

L'illusion des canaux martiens

Comparaison de deux dessins de la région martienne d'Elysium qui permet de comprendre un peu mieux l'illusion des canaux martiens. En haut, un dessin de Giovanni Schiaparelli effectué d'après des observations réalisées entre 1877 et 1890. En bas, un croquis d'Eugène Antoniadi synthétisant des observations de 1909, 1911, 1924 et 1926. Les belles lignes géométriques observées par Schiaparelli (puis par d'autres astronomes, dont Percival Lowell) sont en réalité des alignements de taches plus ou moins régulières. Dès qu'une région sombre est observée à plus fort grossissement, ce qui était auparavant uniforme se fragmente en une grande quantité de très fins détails (Crédit photo : Eugène Antoniadi, la planète Mars).

La technique de J. E. Evans et Walter Maunder mise en œuvre pour prouver la subjectivité des canaux martiens : à gauche, une représentation de Mars réalisée à partir d'une carte, et présentée à des élèves. A droite, les dessins obtenus par des étudiants situés à une certaine distance du schéma initial (Crédit photo : © droits réservés).

La toile d'araignée des canaux martiens et l'implacable réalité. Cliquez sur l'image pour l'agrandir (Crédit photo : © Selden E. Ball Jr. / NASA).

Carte de la planète Mars utilisée par la NASA pour préparer le survol historique de la sonde Mariner 4 en juillet 1965, et montrant les canaux martiens (Crédit photo : © NASA).

 

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