Statut du rover Curiosity (4 février 2015)

Sol 888. Après avoir réalisé un cinquième forage au niveau de la roche Mojave sur le site de Pahrump Hills, Curiosity a effectué un tamisage de la poudre récoltée, avant de verser la fraction la plus fine dans le godet de l'instrument SAM pour analyse. En jaune pâle, la route déjà réalisée. En orange, une estimation du parcours ambitieux que Curiosity pourrait idéalement suivre. (Crédit photo : NASA).

Déroulement de la mission

Après son arrivée dans le cratère d'impact Gale le 6 août 2012, Curiosity devait initialement mettre le cap sur les contreforts du mont Sharp pour entamer sa mission d'exploration. A cet endroit, la stratigraphie, c'est à dire la succession des strates rocheuses, est particulièrement intéressante : on y trouve une couche épaisse d'hématite grise (oxyde de fer), des argiles (montmorillonite et nontronite appartenant au groupe des smectites), et enfin des sulfates. Bref, pour les géologues, c'est le Saint Graal. La montagne qui occupe le centre du cratère Gale est cependant ceinturée par une bande de dunes de sable noir infranchissables, ce qui empêche une approche directe. Depuis l'orbite martienne, la NASA a heureusement repéré une interruption dans le cordon dunaire. Celle-ci, baptisée "entry point" (point d'entrée, le petit drapeau rouge sur l'image ci-dessus), doit permettre à Curiosity d'atteindre sa cible.

Les choses ne se sont cependant pas déroulées comme prévu. Les scientifiques ayant aperçu à proximité immédiate du site d'atterrissage un secteur intéressant (Yellowknife Bay), ils ordonnèrent au rover de procéder à un détour pour se diriger vers ce dernier, histoire de jeter un petit coup d'œil, et quitte à partir dans la mauvaise direction. Curiosity restera sur place ... dix mois ! Au cours de cette période, il réalisera deux forages (roches John Klein, sol 182, 8 février 2013 et Cumberland, sol 279, 19 mai 2013) qui contribueront à la mise en évidence de dépôts lacustres argileux. Le cratère d'impact Gale aurait ainsi accueilli un lac il y a des milliards d'années, dont les eaux neutres et riches en éléments minéraux auraient pu permettre le développement de la vie.

Le temps passé à Yellowknife ne fut pourtant pas du gout de tout le monde, et rattrapé par les impératifs de son planning et sa feuille de route, Curiosity dut bientôt reprendre le chemin vers son objectif principal. Les conducteurs dessinèrent une nouvelle trajectoire rapide conçue pour regagner en partie le retard accumulé, ponctuée ici et là d'arrêts scientifiques au niveau de secteurs jugés intéressants. Sur le site intermédiaire de Kimberley ou il stationnera deux mois, Curiosity réalisera ainsi un troisième forage (roche Windjana, sol 621, 5 mai 2014), avant de repartir plus avant. Depuis le début de sa mission, le rover évolue sur des terrains sédimentaires (argiles, grès) déposés par des cônes de déjection (amas de débris laissés par un torrent ou une rivière), des deltas et des petits lacs qui semblent avoir occupés le fond du cratère. Les matériaux détritiques rencontrés (Crater Floor Sediments) possèdent une composition chimique et minéralogique laissant penser qu'ils proviennent surtout de la désagrégation et du remaniement de roches volcaniques préexistantes. Même si elles sont fascinantes, surtout pour une planète comme Mars, ces roches sédimentaires ne constituent néanmoins pas la cible principale de la mission. Il faut donc continuer à avancer.

Or, pour de nombreuses raisons, comme la dégradation alarmante de la bande de roulements des roues d'aluminium, la nature accidenté des terrains rencontrés, la frilosité des ingénieurs à pousser dans ses limites ce rover de 2,5 milliards de dollars, l'efficacité relative des logiciels de navigation autonome, Curiosity ne progresse pas aussi vite que prévu à la surface de Mars. Pour tenter de concilier la réalité avec les objectifs de mission, la NASA va alors diriger le rover vers un secteur particulier, Pahrump Hills. Bien qu'encore séparé de plusieurs kilomètres des contreforts montagneux d'Aeolis Mons, cet affleurement semble constituer des mêmes roches que celles qui forment la base du mont Sharp (et que les géologues nomment formation Murray). En septembre 2014, le rover réalise ainsi d'une pierre deux coups : il atteint sa cible sans même avoir à se déplacer ! Les magnifiques yardangs stratifiés photographiés par le robot peu après son atterrissage sur les flancs du mont Sharp sont pourtant encore bien loin.

Une fois sur son nouveau terrain de jeu, Curiosity s'est mis à arpenter en long, en large et en travers les environs, revenant sur ses traces pour effectuer des observations et analyses plus poussées. Au niveau de Confidence Hills (sol 759, 24 septembre 2014), il effectue un quatrième forage, puis un cinquième le 29 janvier 2015 sur la roche Mojave 2 (sol 882). Pour l'instant, aucune information n'a filtré sur les résultats.

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