Retour sur Mars

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Retour sur Mars
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Note : 3 etoiles
Auteur :
Ben Bova
Editeur
: Fleuve noir
Parution : 1999 (2003 pour cette édition)
Epaisseur : 560 pages

Retour sur Mars de Ben Bova Six années après le débarquement de l'homme sur Mars, la Terre met sur pied une seconde expédition, financée cette fois-ci par des fonds privés. La première expédition avait été créditée de la découverte de lichens blottis au fond du canyon de Valles Marineris. Quelles découvertes fabuleuses attendent nos nouveaux explorateurs ?

Réduction des coûts oblige (le budget a été divisé par dix), ce retour sur la planète rouge n'a plus rien à voir avec l'imposante mission gouvernementale du roman Mars. L'équipage, qui n'est plus composé que de huit personnes (5 hommes et trois femmes), doit impérativement se poser dans la région de Lunae Planum pour récupérer l'équipement abandonné par la première expédition. Le carburant alimentant les différents véhicules, des rovers en passant par les planeurs, devra être fabriqué directement sur Mars à partir de l'eau et de l'atmosphère martienne, et les astronautes sont vivement encouragés à utiliser les ressources locales pour améliorer leur confort. Vous l'aurez compris, les options choisies par Ben Bova sont très proches de celles du scénario de Mars Direct, mis au point par l'ingénieur Robert Zubrin et auquel le roman rend d'ailleurs directement hommage.

Ce changement radical dans l'architecture de la mission n'est qu'une des nombreuses différences avec le premier volet. Retour sur Mars traitant grosso modo de la même histoire que Mars, l'auteur n'a bien entendu pas ménagé ses efforts pour éviter de tomber dans le piège de la redite, et pour garder intact l'intérêt du lecteur.

Comme dans Mars, Ben Bova a accordé une grande importance à l'aspect psychologique, même si certains caractères frôlent ici la caricature. Jamie Waterman, le héros de la première expédition, s'est vu offrir un second aller-retour pour Mars, cette fois ci non plus en tant que géologue, mais comme directeur de mission. Sous ses ordres, des scientifiques et des astronautes, aussi excités que terrifiés. Malgré les efforts des psychologues sur Terre pour constituer un groupe qui soit le plus soudé possible, les frictions ne tardent effectivement pas à naître au sein de l'équipage. Compétition, divergence d'opinion, tension sexuelle ou désir contrarié, les premières lézardes commencent à apparaître sur le fragile édifice humain. Ben Bova nous livre à nouveau une belle réflexion sur les dangers psychologiques d'un voyage lointain, et sur la manière dont la peur et la solitude peuvent affecter le fonctionnement de l'esprit humain.

Avec ses reliefs envoûtants et ses dangers omniprésents, Mars est aussi un personnage à part entière du roman. Contrairement au bref séjour effectué par le premier groupe d'astronautes, qui mécanique céleste oblige n'avait pu passer que 45 jours sur Mars, la deuxième expédition va devoir rester une année et demie à la surface de la planète rouge avant de pouvoir rebrousser chemin. Les protagonistes vont donc enchaîner pour notre plus grand plaisir les visites sur des lieux mythiques, depuis les volcans géants de la région de Tharsis jusqu'aux abîmes de Valles Marineris, en passant par le site d'atterrissage de la sonde Pathfinder et de son petit robot Sojourner.

Le financement de la mission par des sociétés privées permet également à Ben Bova d'aborder l'intéressant thème du tourisme spatial. Dès leur arrivé, les astronautes vont retransmettre à la Terre leurs aventures par l'intermédiaire d'un puissant système de réalité virtuelle, qui permet à tout un chacun de vivre l'expérience martienne comme s'il y était.  Eblouis par les images et les découvertes, et dans un monde ou une croisière sur la Lune est devenue chose courante, Mars apparaît bientôt aux yeux des financiers comme une source potentielle de profits. Au grand dam de Jamie, ces derniers commencent à multiplier les plans pour couvrir la planète d'hôtels et de parcs d'attraction. Le contrôle de mission a même été installé en plein pacifique, sur l'atoll de Tarawa, comme pour donner un air de vacances à l'entreprise ! Dans Retour sur Mars, la science se voit donc soumise au consumérisme, pour le meilleur et pour le pire. Le débat entre les idéalistes qui désirent faire de Mars un territoire vierge, exclusivement dévolu à la science et à la connaissance, et les promoteurs qui veulent la soumettre au capitalisme le plus débridé n'est pas sans rappeler la polémique sur la terraformation de la trilogie de Kim Stanley Robinson, et apporte une certaine originalité au roman.

S'il possède de nombreuses qualités, Retour sur Mars n'est cependant pas exempt de défauts. La dernière partie, fade et inégale, donne l'impression que l'auteur, empêtré dans les différents fils qu'il a tissé, ne sait plus vraiment comment finir son roman. Certains points de l'histoire, abandonnés en cours de route, refont soudain surface de manière incongrue, comme s'il fallait y mettre un point final. La réflexion sur la commercialisation de Mars est parfois teintée d'un idéalisme douteux, et l'ensemble manque de finesse. De la même manière, le droit spatial est abordé de façon simpliste et peu vraisemblable. Enfin, Ben Bova semble avoir bien du mal à assumer pleinement toutes les conséquences de l'incroyable découverte qui sera réalisée par son équipe d'explorateurs. Si la réponse que l'auteur apporte à la lancinante question de la vie sur Mars est tout à fait audacieuse, elle aurait sans doute mérité un autre traitement que celui qui lui est réservé ici. Il semble évident qu'une découverte de cette ampleur provoquerait bien des bouleversements, alors qu'ici le monde dans son ensemble peine à montrer la plus petite émotion.

Malgré un dénouement laborieux et décevant, Retour sur Mars est une suite qui s'inscrit dans la lignée du premier opus. Habilement construit, solidement documenté, c'est un roman agréable et plaisant à lire. S'il ne parvient que rarement à surprendre le lecteur, il a le grand mérite de nous offrir un nouveau voyage très divertissant sur la planète rouge.

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