La guerre des Mondes

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La guerre des Mondes
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Note : 3 etoiles
Réalisateur :
Byron Haskin
Editeur
: Paramount
Sortie : 1953
Durée : 85 minutes

La guerre des Mondes de Byron Haskin Réalisé dans les années 1950, ce film s'attaquait à un défi majeur : adapter, pour le grand écran, le chef d'oeuvre de H.G. Wells, la Guerre des Mondes.

Dans ce grand classique de science-fiction, des martiens belliqueux profitent du passage de leur planète à proximité de la Terre (opposition) pour détruire notre civilisation et asservir les humains. Mars est en effet à l'agonie, et ses habitants sont contraints et forcés de migrer vers un monde moins austère ...

Le film s'ouvre sur un passage en revue des différentes planètes du système solaire, en commençant par la plus lointaine et la plus froide, Pluton, pour finir par la plus accueillante, la Terre. Cette séquence est l'occasion d'admirer de superbes peintures de Chesley Bonestell (artiste connu pour ses illustrations spatiales, qui lui vaudront une renommée internationale). Assez bizarrement, la planète Venus est oubliée, et la description de Jupiter, avec ses volcans crachant de l'hydrogène, prête à sourire ...

Cette belle introduction laisse inaugurer des effets spéciaux de qualité. Sur ce plan, le film ne déçoit pas, et s'il ne peut bien entendu plus prétendre rivaliser avec les productions actuelles, il a du faire sensation à l'époque (le film obtint d'ailleurs l'oscar des meilleurs effets spéciaux) : les engins volants des martiens crachent des rayons destructeurs vivement colorés, et la déroute des Terriens est filmée à grands renforts d'explosions et d'immeubles en ruines.

Si la Guerre des Mondes est dans l'ensemble assez fidèle au roman éponyme, il n'arrive cependant pas à égaler son modèle, en partie à cause de certains choix malheureux d'adaptation. Pour donner une certaine modernité au récit, le réalisateur a choisi de situer l'action non plus dans la paisible campagne anglaise, mais en Californie, où les martiens seront confrontés à une armée américaine tout droit sortie de la seconde guerre mondiale. Ce n'est pas un hasard. Si le roman de Wells dénonçait les visées colonialistes de l'époque victorienne au travers des martiens, le film de Haskin fait clairement référence à la guerre froide et à la possibilité d'un conflit nucléaire opposant les Etats-Unis et l'Union soviétique. La planète rouge elle-même est une allusion on ne peut plus claire à la menace communiste.

Conséquence de cette actualisation, alors que les armes brandies par les anglais dans le roman accentuaient le côté dérisoire et pathétique des actions entreprises pour stopper l'envahisseur, ici les martiens sont combattus à coup de mitrailleuses, de tanks et de bombes atomiques. Même s'ils auront finalement raison des plus puissantes armes terrestres, le rapport de force n'est plus aussi déséquilibré, ce qui nuit au côté dramatique.

De la même manière, bien que les soucoupes volantes triangulaires des martiens soient pour le moins originales, elles n'ont pas le côté terrifiant des tripodes mis en scène dans le roman. Quant aux martiens, que l'on ne verra que très peu (comme dans Alien, ils sont plus suggérés que véritablement montrés), ils ressemblent à un tronc de chair sanguinolente flanqué d'un unique oeil trichromatique et de mains à trois doigts. On est bien loin des épouvantables poulpes à la tête atrophiée du roman de Wells.

A l'image de ces martiens, ersatz des créatures monstrueuses imaginées par Wells, le film dégage une impression d'inachevé. La réalisation est plutôt pâlotte, l'histoire est simplifiée par rapport au roman, l'amourette naissante entre le docteur Forrester et une enseignante n'apporte strictement rien au récit, et les acteurs jouent mécaniquement, sans dégager le moindre charisme. Les parti pris du réalisateur pourront également agacer : le film est un vibrant plaidoyer pour les forces salvatrices de la religion (seules les églises semblent résister aux rayons mortels des martiens !), tout en faisant de l'armée américaine (mais on commence à avoir l'habitude) l'ultime rempart contre les forces du mal.

Tout en ayant des qualités indéniables et le charme des vieux films, cette adaptation ne parvient donc jamais à rendre justice au monument de Wells.

Labrot © 1997-2017. Dernière mise à jour : 15 août 2003.