Atacama
désert d'altitude

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Atacama, désert d'altitude
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Note : 5 etoiles
Auteur :
Serge Brunier
Editeur
: Nathan
Parution : Octobre 2004
Epaisseur : 191 pages

Atacama, désert d'altitude de Serge Brunier Avouons le en toute honnêteté, nous ne sommes pas prêts d'aller sur Mars. Ni vous, ni moi, ni aucune personne que vous connaissez. A la rigueur les enfants de vos enfants, mais rien n'est moins sûr.

Il y a de nombreuses raisons à cela, et plusieurs livres ne suffisaient pas à épuiser le sujet. A ma connaissance, la principale, la plus terre à terre, c'est qu'en dépit de nos rêves et désirs les plus fous, l'espace en lui-même n'est pas un endroit pour l'homme, du moins dans l'état actuel de nos capacités technologiques. Nos fusées n'ont rien à voir avec les destroyers stellaires de la guerre des étoiles, et nos robots sont à des années lumières d'un R2-D2. Pour vous en convaincre, jetez ne serait-ce qu'un oeil aux aventures de la petite sonde Phoenix (dont le nom ne doit rien au hasard), qui a atterri avec brio dans les régions polaires arctiques de Mars le 26 mai 2008.

Cela fait plus de 30 ans que nous nous exerçons à poser des engins sur l'astre rouge, et pourtant, comme Phoenix nous l'a de nouveau prouvé, chaque atterrissage ressemble bien plus à un coup de poker ou à un jeu de roulette russe, qu'à une routine bien huilée. De plus, une fois l'exploit de s'être posée saine et sauve sur Mars derrière elles, les sondes ne peuvent ensuite qu'entamer un processus d'exploration effroyablement laborieux. Quand elles sont motorisées, comme les deux astromobiles Spirit et Opportunity, elles mettent parfois des mois à atteindre leurs objectifs ou à faire le tour d'un affleurement rocheux. Les observations scientifiques sont éreintantes, à cause des interactions constantes qui doivent avoir lieu entre le robot et les équipes au sol, situées à des centaines de millions de kilomètres de là. Et quand elles sont stationnaires, elles ne peuvent compter que sur un bras robotique pour interagir avec le sol et les roches. Malgré les trésors d'ingéniosité qui ont été déployés pour concevoir ces membres d'acier, le résultat n'est parfois par à la hauteur des attentes.

En témoigne les difficultés significatives qu'a rencontrées la sonde Phoenix pour verser quelques milligrammes de terre dans ses instruments. Ainsi, les images du TEGA après une dépose d'échantillons sont véritablement choquantes : l'instrument est littéralement enseveli sous des mottes de terre, avec des conséquences potentiellement désastreuses : trappes qui sont incapables de s'ouvrir, le sol pesant trop lourdement sur les panneaux pour que les charnières puissent encore jouer, ou risque évident de contamination des cuves lors de l'apport de nouveaux échantillons. La vision de ces images a manifestement secoué pas mal de monde, d'ou certains dessins humoristiques qui n'ont pas tardé à faire leur apparition sur Internet, et qui montrent une sonde Phoenix en train de s'enterrer elle-même sur Mars.

N'allez pas croire que des humains réussiraient mieux là ou nos générations actuelles de robots peinent ou échouent. Phoenix, comme ses prédécesseurs, n'a pas besoin de plusieurs litres d'eau par jour pour fonctionner, ni d'aucun aliments. Elle ne génère pas des tonnes de déchets organiques solides et liquides, qu'il faut alors bien évacuer d'une manière ou d'une autre. Elle peut pelleter des heures durant le régolite martien sans connaître la fatigue physique, et admirer un crépuscule sans ressentir les affres existentielles qu'accompagnent toujours les morsures de l'inconscient. Un réveil à trois heures du matin pour transmettre quelques mégaoctets de données à la Terre n'aura aucune influence sur ses capacités opérationnelles le lendemain, et les radiations cosmiques qui tomberont du ciel ne déclencheront jamais le moindre cancer dans ses délicates entrailles. Si tant est que ses batteries soient bien rechargées, elle ne frémira pas devant les températures glaciales qui forment le quotidien de la météorologie martienne, et si ses joints sont d'aplomb, elle ne s'irritera pas non plus d'être recouverte continuellement de poussière micrométrique. Quant à l'atmosphère martienne, aussi fine que toxique, que lui importe, puisqu'elle ne respire pas. Quelques petits exemples parmi tant d'autres qui montrent qu'à moins de déployer sur Mars une logistique invraisemblable, l'homme ne pourra rien faire d'autre que de céder sa place à des robots, qui, pour l'instant, demeurent eux-mêmes imparfaits. Nous sommes en 2008, et nous en sommes là.

Faut-il donc abandonner tout espoir de voir, de notre vivant et de nos propres yeux, des paysages martiens ? Faudra-t-il nous contenter de relire les Chroniques Martiennes pour savourer une nouvelle fois avec nostalgie les promesses des déserts dorés de la planète rouge ? Pas exactement. Car il existe sur Terre, dans des contrées généralement hostiles et reculées, des endroits qui ont une âme martienne. Ainsi, le Grand Canyon en Arizona est un Valles Marineris miniature, le Mauna Loa situé dans l'archipel d'Hawaii fait un magnifique Olympus Mons, et une petite virée à Death Valley, Californie, vous donnera une idée grandeur nature de la région ou se sont posées les sondes Viking en 1976 (pour plus de détails sur le sujet, vous pourrez consulter avec intérêt le chapitre "Mars sur Terre" du beau livre de Pierre Lagrange intitulé "Sur Mars").

De tous ces analogues martiens, il en est cependant un qui fascine plus que les autres. Et c'est justement ce dernier que Serge Brunier nous convie à visiter dans un livre superbe, à la fois recueil de photographies et journal de voyage. Atacama, désert d'altitude est d'abord et avant tout consacré à cette région d'Amérique du sud qui présente la particularité intimidante d'être la plus aride de toute notre planète. Il ne s'agit donc en aucun cas d'un ouvrage d'astronomie, et vous n'y trouverez nulle photo de sondes martiennes. Pourtant, le lien avec Mars semble présent à chaque page, et ce n'est sans doute pas le fruit du hasard. Après tout, Serge Brunier n'a principalement écrit que sur l'espace et ses merveilles, et si Atacama est son premier livre "terrestre", ces racines célestes restent néanmoins visibles en filigrane. D'une certaine manière, Atacama annonçait avec deux années d'avance "L'impasse de l'espace", un ouvrage ou l'auteur nous invitait à prendre du recul sur l'ultime frontière, et qui a reçu un accueil pour le moins controversé en France. Lorsqu'un écrivain fondamentalement passionné par les autres mondes nous invite à revenir, même brièvement, sur Terre, il est difficile de ne pas lui résister. Qui sait quelles merveilles nous pourrions découvrir sur notre propre sol ? Emboîtons donc lui le pas et préparons nous pour une incursion au sein de l'un des déserts les plus inquiétants et envoûtants de la Terre, l'Atacama ...

Imprimé dans un format qui le classe parmi les beaux livres, l’ouvrage de Serge Brunier propose une traversée complète d’ouest en est du désert d’Atacama, depuis les côtes déchiquetées bordant le pacifique jusqu’aux imposantes murailles de pierre de la cordillère des Andes. Le voyage est scindé en cinq étapes, qui offrent tour à tour de découvrir le désert côtier, le désert profond, les régions accueillants des oasis de vie, puis le désert d’altitude et enfin les secteurs habités par l’homme. Un panorama complet donc, qui ravira aussi bien les amoureux des espaces minéraux que les amateurs de faune et de flore.

Chaque partie s’organise autour d’un texte décrivant les principales caractéristiques de la région traversée et illustré de quelques clichés, avant de faire place à un recueil de photographies – souvent spectaculaires – qui étayent les informations factuelles tout en les résumant par quelques points marquants. Une carte détaillée et en couleurs termine l’ouvrage. Si les textes sont clairs, fluides et agréables à parcourir, Atacama, désert d’altitude est avant tout une expérience visuelle. Serge Brunier est un artiste accompli, et le photographe animalier n’a rien à envoyer au paysagiste. Les 200 clichés de l’ouvrage, dont 6 sont mis en valeur sur quatre pages, sont une preuve manifeste de son talent, pour notre plus grand plaisir. Les livres consacrés au désert d’Atacama sont effectivement rares, ce qui explique d’ailleurs pourquoi la bibliographie située en fin d’ouvrage ne comporte presque que des publications scientifiques en anglais.

Le premier secteur présenté dans l’ouvrage, celui du désert côtier, permet immédiatement d’appréhender l’étrangeté de l’Atacama. Bordant l’océan pacifique, et bien qu’étant un désert, l’Atacama possède des plages. Aucune étendue de sable blond digne des tropiques ni de palmiers dansant sous une légère brise, cependant. L’eau est glacée et les grèves sont bien souvent vierges de toute trace de vie. Rappelant sans cesse l’affrontement titanesque que se livrent les plaques lithosphériques de Nazca et de l’Amérique du sud, les côtés offrent des reliefs sinueux et accidentés, tandis que les sommets de la cordillère locale sont enveloppés dans un brouillard épais quasi permanent, la Camanchaca. Une région inquiétante donc, qui semble seulement habitée par quelques espèces de cactus et divers volatiles, immortalisés dans leur environnement naturel par les superbes photographies de Serge Brunier.

En tirant à l’est, le voyageur aventureux atteindra bientôt une seconde région, le désert profond, terme qui évoque tout à la fois les mystères insondables d’Arakis, et une lente descente vers des abysses de solitude et de désolation, d’où beaucoup, confrontés au néant absolu, ne reviennent pas. Désert des superlatifs, l’Atacama se dévoile alors ici dans toute sa splendeur minérale. Certains clichés sont absolument renversants, et, s’il n’y avait le bleu azur du ciel, on pourrait aisément croire qu’ils proviennent de Mars. Ainsi, certains panoramas du secteur de Yungay ressemblent à s’y méprendre à l’intérieur du cratère Gusev (ou s’est posé le rover Spirit), collines Columbia comprises. D’un seul coup, la planète Mars ne semble plus être à des centaines de millions de kilomètres de la Terre. En regardant les somptueux clichés ramenés par Serge Brunier, qu’ils soient panoramiques ou macroscopiques, on a l’impression d’être dans un endroit hors du temps, ou les deux astres se touchent et s’intersectent, jusqu’à ne faire plus qu’un.

Il ne s’agit d’ailleurs pas que d’une vue de l’esprit, Yungay étant depuis quelques années un terrain de prédilection pour les exobiologistes en quête de micro-organismes des extrêmes. En 2004, des scientifiques ont analysé des échantillons de sol provenant de ce secteur. Ils ont été stupéfaits de n’y trouver que des traces de molécules organiques (benzène et acide formique uniquement), et, par endroits, une absence totale d’ADN, et donc de vie. Ces travaux ont été publiés dans la prestigieuse revue Science, puisque que c’était la première fois qu’un sol parfaitement stérile était découvert sur notre planète. Plus intéressant encore, en rejouant l’expérience Labeled Release conduite en 1976 par les atterrisseurs Viking sur Mars, les scientifiques ont mis en évidence un composé oxydant capable de décomposer les substrats organiques des milieux de culture. Or la présence d’un super-oxydant dans le sol martien avait effectivement été suggérée par de nombreux scientifiques pour expliquer les résultats désopilants fournis par le Labeled Release sur Mars.

A cause de son extrême sécheresse (il ne pleut en moyenne qu’une fois tous les dix ans dans cette région) et d’une irradiation quasi-permanente par des ultraviolets nocifs, toute vie, même microbienne - semble donc impossible dans le sol de l’Atacama. Pourtant, une année après la publication de l’ouvrage de Serge Brunier, en 2005, une étude scientifique a montré que la terre de l’Atacama n’était peut-être pas aussi morte qu’elle en avait l’air. Si la surface est bel et bien dépourvue de tous micro-organismes, il suffit de creuser de quelques dizaines de centimètres pour retrouver des formes de vie. Au niveau des salar, ces étendues de sel provoquées par l’évaporation complète de lacs, un chercheur a également découvert la présence d’une cyanobactérie exceptionnellement résistante, Chroococcidiopsis. Cette dernière se niche au sein même des roches salines (halite). Translucide, le sel laisse suffisamment passer de lumière pour permettre à Chroococcidiopsis d’effectuer la photosynthèse (tout en faisant bouclier au rayonnement UV), et, par déliquescence, il pompe également littéralement toute trace d’humidité pouvant se trouver dans l’atmosphère, une source d’eau à laquelle la cyanobactérie peut alors s’abreuver. Chroococcidiopsis est également connue pour former des colonies bactériennes dans des quartzites (roches blanches composées principalement de silice) de la région d’Aguas Calientes.

Le désert d'Atacama n'a pas fini d'aider la planète Mars à livrer ses secrets. Ainsi, quand la sonde Phoenix a mis en évidence, à la grande surprise des scientifiques, des traces de perchlorates dans le sol martien, des géologues ont immédiatement mentionné le fait que la terre d'Atacama en contenait également. Les raisons de l'existence de ce composé, nocif pour de nombreuses formes de vie et utilisé sur Terre pour fabriquer des explosifs, demeurent actuellement inconnues.  Il y a fort à parier que la présence de cette molécule toxique dans le sol martien puisse être comprise grâce aux travaux qui seront entrepris sur les perchlorates terrestres d'Atacama.

Au final, quand on prend conscience des trésors d’imagination que la vie doit déployer pour parvenir à survivre dans l'une des contrées les plus hostiles de la Terre, on comprend pourquoi l’être humain qui s’y rend pour la première fois est frappé d'étourdissement. Celui-ci aura beau fouiller le sol poussiéreux de ses mains, soulever toutes les pierres, sonder du regard les formes douces des collines avoisinantes et se tourner vers les volcans géants qui barrent l’horizon, il ne trouvera bien souvent que du vide. Le désert ne cessera de le renvoyer à sa propre solitude, démultiplié comme à l’intérieur d’un kaléidoscope par le fait que, comme l’indique Serge Brunier, le désert d’Atacama semble posséder une nature fractale, et résonner à l’identique, quelque soit l’échelle à laquelle on l’observe. Et quand le soleil se couche enfin, le sol lui-même semble disparaître, cédant la place à la splendeur infinie du ciel étoilé et de la voie lactée, fenêtre ouverte sur un abîme encore plus grand que les désolations cuivrées de l’Atacama. Astronome avant tout, Serge Brunier ne manque bien sûr pas de rappeler que le ciel de l’Atacama est l’un des plus purs au monde, ce qui explique pourquoi le sommet du Cerro Paranal est coiffé d’un observatoire qui n’a rien à envier à Hubble.

Après cette traversée éprouvante du désert profond, c’est avec un certain soulagement que l’on atteint les rares oasis du désert d’Atacama, qui constituent le sujet de la troisième partie de l’ouvrage, le désert vivant. Malgré sa nature hostile, l'Atacama n’est pas parvenu à repousser toute vie, et celle-ci se développe de manière presque luxuriante dès que les conditions le permettent. L’un des principaux pourvoyeurs de vie n’est autre que le Rio Loa, seul fleuve à être capable de traverser les territoires brûlés de l’Atacama. Prenant sa source sous un volcan des Andes, ce cours d’eau serpente dans le désert avant de se jeter, presque réduit à l’état de ruisseau, dans l’océan pacifique. Autour de lui, le désert se pare de vert et se transforme en refuge pour une faune et une flore étonnante. Dans les secteurs que l’humidité en provenance des Andes parvient à humidifier pousse également l’ichus, une petite graminée jaune et chétive dont se régalent les vigognes. Le désert vivant est un chapitre tout en couleur, qui contraste étonnamment avec le précédent, et qui est illustré de splendides photographies de ces représentants du règne animal et végétal qui osent affronter l’enfer de l’Atacama.

Les oasis ne peuvent cependant constituer qu'une halte pour le voyageur, et Serge Brunier nous invite bientôt à abandonner ces havres de paix et de fraîcheur, pour monter à l’assaut du secteur le plus élevé de l’Atacama, le désert d’altitude. Une contrée ou le volcanisme règne en maître, et ou les paysages sont constellés de volcans boucliers, qui dressent leur forme conique vers un ciel d’une pureté sans pareille. Des plus célèbres, comme le Licancabur aux plus méconnus, ils sont un rappel permanent des événements géologiques d’une ampleur phénoménale qui ont lieu à des centaines de kilomètres de profondeur, sur la surface en apparence immobile du désert.

Les panoramas sont à couper le souffle. Quand elles se parent d’ocres et de cuivres, les montagnes nous transportent sur Mars. Habillés de gris, de noir et de blanc, elles nous emmènent sur la Lune. Et quand elles sont bigarrées de milles nuances de jaunes et de fauves, elles semblent être l’œuvre d’un peintre fou, qui nous aurait invoqué le temps d'un instant sur sa toile. C’est certainement dans ce chapitre que l’Atacama se dévoile tel qu’il est vraiment, un désert tout droit sorti d’un rêve, un mirage ou les échelles et les distances sont faussées, un endroit ou l’Univers exprime tout sa grandeur, tout en menaçant le voyageur de perdition. Difficile en tout cas de détacher des yeux ces volcans jadis vénérés par les Incas, sorte de patelles de pierre accrochées sur leur substratum, géants sommenolant sous un ciel d’azurine, mais pouvant se réveiller à tout instant.

Le volcanisme omniprésent de l’Atacama a apporté au désert une fertilité minérale. Des métaux comme l’or, l’argent, le cuivre abondent dans le sous-sol de cette région. Quand aux salars, qui résultent de l’évaporation de lacs entiers, ils constituent une source majeure de sels minéraux tel que le nitrate de sodium (le salpêtre chilien), très prisé comme engrais ou comme explosif. Tôt ou tard, ces richesses devaient inéluctablement attirer la convoitise des Hommes, et l’Atacama, malgré son extrême hostilité, n’échappa pas à la règle.

Intitulée "désert des Hommes", la cinquième et dernière partie termine en apothéose l’ouvrage de Serge Brunier. Des géoglyphes mystérieux laissés par les Indiens aux villes – désormais abandonnées à la poussière du désert – érigées par les mineurs de nitrate, en passant par ces gares perdues desservies trois ou quatre fois par an, ou ces cimetières inquiétants, simple carré de terre d’où sortent des croix de fer rouillées, on comprend que l’Atacama n’a jamais été qu’un lieu de passage, un habitat éphémère pour l’être humain. Des fantômes des mineurs de Santa Maria, massacrés à Iquique parce qu’ils demandaient un peu de reconnaissance, et qui continuent même encore aujourd’hui à effrayer les chiliens, aux momies d’enfants sacrifiés découvertes sur les pentes des volcans, l’Atacama apparaît comme le théâtre d’un western hanté, que Serge Brunier est parvenu à saisir parfaitement, par des photographies tout à la fois émouvantes et froides, car travaillées par cette recherche obstinée de l’instant et de l’endroit. Les textes n’ont rien à envier aux images qu’ils accompagnent, et dans cette dernière partie, ils prennent une force inattendue, peut-être parce qu’au travers de ce désert invraisemblable, l’auteur parle de lui-même.

Tout à la fois hommage au désert des déserts et hymne à la découverte, Atacama, désert d’altitude, est un ouvrage qu’il est difficile de refermer, parce qu'il invite irrésistiblement au voyage, qu’il soit imaginaire ou ancré dans la réalité. Après une telle lecture, comment ne pas avoir envie de gravir le Licancabur et le Nevado Ojos del Salado, de sentir le goût du sel des salar et de surprendre un flamant rose dans une lagune ? Comment ne pas vouloir admirer de ses propres yeux ces plaines ocres et poussiéreuses, ou la vie retient en permanence son souffle de peur de disparaître et où les volcans se dressent vers le ciel, comme s’il s’agissait de la seule issue possible ? Et tout en sachant que cela ne sera de toute façon jamais possible, comme résister au plaisir d’aller quand même sur cet autre monde qu’est Mars ? Un livre à acheter et à lire les yeux grands ouverts.

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