Chroniques martiennes

Le transport de bactéries entre les planètes serait possible

Mercredi 8 novembre 2000
Magnetisation de ALH84001 (Crédit photo : Caltech)
Une équipe de chercheurs américains et canadiens a prouvé que l’intérieur d’une météorite pouvait rester assez froid pour permettre à des bactéries de survivre aux évènements traumatisants de l’éjection et de la rentrée atmosphérique.

L’hypothèse selon laquelle des bactéries pourraient voyager entre les planètes du système solaire en embarquant comme passagers clandestins dans des météorites, était jusqu’à présent considérée avec prudence et scepticisme par la communauté scientifique. Cette théorie audacieuse se heurtait effectivement à deux écueils importants.

La rentrée atmosphérique

Lors de son arrivée sur Terre, la météorite doit traverser les couches denses de notre atmosphère. Elle est alors soumise à une élévation très importante de température. La surface de la météorite fond complètement, et perd une grande quantité de matière, qui s’échappe sous forme de fragments en fusion. Malgré tout, seules les couches périphériques de la météorite subissent une cuisson. La roche n’est pas le meilleur conducteur de chaleur que l’on connaisse, et la fournaise de la rentrée atmosphérique ne dure que quelques minutes. Si la météorite est d’une taille suffisante, la chaleur n’a pas le temps de pénétrer en profondeur le matériau rocheux, et le cœur reste froid. Ce qui explique que lorsque l’on ramasse une météorite qui vient juste de tomber, on risque souvent une brûlure par gelure !

Si une bactérie logée au sein d’une météorite peut donc aisément survivre au traumatisme de la rentrée atmosphérique, encore fallait-il qu’elle puisse quitter saine et sauve sa planète d’origine. Et là les choses étaient moins évidentes.

L’impact est-il stérilisant ?

Seul l’impact d’un astéroïde avec une surface planétaire peut communiquer à des fragments de la croûte rocheuse une vitesse suffisante pour leur permettre d’échapper au champ gravitationnel d’une planète. Or, un impact est un évènement d’une violence extrême, les énergies mises en œuvre étant facilement comparables à celles d’une explosion atomique. On pensait jusqu’à présent que la chaleur dégagée était tellement intense qu’elle devait conduire à une stérilisation complète des roches en partance pour l’espace.

Un article paru dans le numéro du 27 octobre de la revue Science vient cependant de jeter un éclairage nouveau sur les conditions qui accompagnent le départ d’une météorite. Des chercheurs de Caltech et des universités de Vanderbildt (Etats-Unis) et McGill (Canada) ont prouvé que l’intérieur d’une météorite, pourvu que cette dernière soit d’une taille suffisante, avait de bonnes chances de rester froid au moment de l’impact.

Etude de la magnétisation de ALH84001

Les chercheurs ont étudié, grâce à un microscope d’un type bien particulier, la magnétisation de quelques tranches de la célèbre météorite ALH84001, celle-là même au sein de laquelle la NASA a prétendu avoir trouvé des fossiles de microorganismes martiens. Lorsqu’une roche se solidifie, elle enregistre des informations sur le champ magnétique qui l’entourait (grâce à la présence de minéraux doués de propriétés magnétiques). Si rien ne vient troubler son existence, la roche est susceptible de conserver indéfiniment ces informations magnétiques. Mais il suffit qu’elle soit chauffée un peu trop fortement pour que l’enregistrement disparaisse : les traces de l’ancienne magnétisation sont alors effacées et remplacées par celles du champ magnétique régnant au moment du chauffage.

L’une des tranches de la météorite ALH84001 comportait une portion de la surface. A cet endroit, les chercheurs ont enregistré un champ magnétique très fort. Rien de plus normal, puisque la surface de la météorite est entrée en fusion lors de la rentrée atmosphérique. L’ancienne magnétisation martienne a disparu, tandis que le puissant champ magnétique terrestre laissait ses empreintes dans la pierre.

Pas d’élévation de température supérieure à 40°C

Vers l’intérieur de la météorite, les choses étaient bien différentes. L’appareil de mesure très sensible utilisé pour l’analyse ne détectait qu’une magnétisation assez faible et très hétérogène, d’origine martienne. De plus, en chauffant la tranche à une température de 40°C dans une enceinte amagnétique (champ magnétique nul), les chercheurs sont parvenus à faire disparaître partiellement ou totalement les cicatrices magnétiques.

Si l’intérieur de la météorite avait été chauffé à une température supérieure à 40°C lors de son éjection de la surface martienne, les informations magnétiques auraient été effacées, et les chercheurs n’auraient pas pu les lire. On peut donc en déduire que le cœur de la météorite n’a jamais été chauffé à plus de 40° C. Cette température est parfaitement supportable par des bactéries, et même par des organismes supérieurs comme certaines semences végétales. D’après l’article de Science, la chaleur libérée lors d’un impact ne stérilise donc pas totalement la roche, et des microorganismes enfouis suffisamment profondément peuvent survivre à l’éjection.

La météorite ALH84001 a erré 16 millions d’années dans l’espace, avant de s’échouer sur les glaces de l’Antarctique il y a 13 000 ans. Sur une période de temps aussi importante, les radiations cosmiques ont largement le temps d’exercer leur action destructrice sur des cellules vivantes. Mais s’il est d’une épaisseur suffisante, le matériau rocheux peut jouer le rôle de bouclier protecteur. Sur Terre, certaines bactéries, comme Deinococcus Radiodurans, résistent également à des doses stupéfiantes de radiations. Enfin, des simulations ont prouvé que chaque année, une douzaine de roches martiennes de la taille d’un poing pouvaient rallier la Terre en moins d’une année.

Outre le fait de montrer que rien ne s’opposait plus au passage de microorganismes d’une planète à l’autre, l’article de Science attire également l’attention sur un autre point. Rien qu’en chauffant la météorite à 40°C, les chercheurs ont fait disparaître de la pierre des informations essentielles. Lors d’une mission de retour d’échantillons, il faudra donc absolument éviter la moindre élévation de température des roches collectées, sous peine de diminuer leur intérêt scientifique.

Geoman Cet article a été publié pour la première fois sur le site Geoman.Net.

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