Chroniques martiennes

Les supermen de la planète Mars

Vendredi 2 juin 2000
La surface de Mars vue par Viking 1 (Crédit photo : NASA/JPL)

La surface martienne est un milieu extrêmement hostile à toutes formes de vie : les températures sont glaciales, la pression atmosphérique très faible et le sol, oxydé et desséché, est soumis en permanence à un rayonnement ultraviolet nocif. Pourtant, d'après les recherches de deux microbiologistes de l'université de l'Arkansas, certaines bactéries terrestres pourraient parfaitement y survivre.

L'année dernière, le professeur Tim Kral a été le premier scientifique à étudier la croissance de microorganismes terrestres dans des conditions proches de celles qui règnent aujourd'hui sur la planète rouge.

Des bactéries méthanogènes, qui comptent parmi les organismes les plus primitifs sur Terre, avaient été sélectionnées pour l'occasion. Ces étonnants microbes colonisent des milieux aussi divers et variés que le fond des océans, les profondeurs de la croûte terrestre ou la panse des ruminants. Capable de vivre en absence totale d'oxygène, ils tirent leur nom du méthane qu'ils rejettent en abondance et qui est l'un des nombreux produits issus de leur métabolisme.

Pour cultiver ces bactéries dans des conditions martiennes, les microbiologistes ont jeté leur dévolu sur de la cendre volcanique d'Hawaï, qui partage certaines propriétés avec le sol martien tel que nous le connaissons. La cendre est placée dans un mélange gazeux riche en dioxyde de carbone (le principal constituant de l'atmosphère martienne) et le tout est agrémenté d'un soupçon d'hydrogène et de quelques gouttes d'eau.

Les bactéries méthanogènes ont apparemment trouvé la mixture à leur goût, puisqu'elles se sont fort bien développées en puisant dans ce milieu rustique tous les éléments nécessaires à leur croissance.

Après avoir prouvé que des bactéries pouvaient parfaitement s'accommoder des conditions drastiques de la surface martienne, Tim Kral se focalise aujourd'hui sur les facteurs qui pourraient affecter la croissance des microorganismes.

Les premières recherches ont montré l'existence d'un facteur d'échelle pour certains paramètres comme la surface des tubes de culture. Certaines espèces pousseraient effectivement bien mieux en étant à l'étroit, les grands espaces ayant la fâcheuse tendance à inhiber leur développement. La population bactérienne ainsi que le niveau d'humidification du sol auraient également un rôle à jouer.

Les bactéries méthanogènes ne sont pas les seules bestioles qui pourraient élire domicile à la surface de Mars. Le champion toute catégorie est probablement la bactérie Deinococcus Radiodurans. Les microbiologistes la disent capable de résister aux principales agressions qui mettraient à mal bien des microorganismes conventionnels. Une fois modifiées génétiquement, Deinococcus Radiodurans et ses consœurs pourraient se révéler très utiles aux futurs explorateurs martiens, en servant par exemple d'engrais pour le sol ou d'usine à médicaments portable.

Geoman Cet article a été publié pour la première fois sur le site Geoman.Net.

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