Chroniques martiennes

Mission accomplie pour Mars Global Surveyor (2ème partie)

Samedi 3 février 2001
Mars Global Surveyor (Crédit photo : NASA/JPL)

Le bilan de la mission de Mars Global Surveyor n’est rien moins qu’exceptionnel, et dans le grand livre de l’exploration martienne, il y a désormais un avant et un après Mars Global Surveyor. L’orbiteur a non seulement collecté plus de données et d’images sur Mars que toutes les autres missions martiennes confondues, mais il a aussi engrangé découverte sur découverte.

"L’impact scientifique de Mars Global Surveyor a été extraordinaire" a déclaré le Docteur Arden Albee, un scientifique travaillant à l’institut de technologie de Californie à Pasadena, avant d’ajouter : "Mars est aujourd’hui une planète différente de celle que nous connaissions quand la sonde est arrivée en 1997, et notre perspective ne cesse d’évoluer tandis que les données continuent de nous parvenir."

La carte topographique dressée par l’altimètre laser est sans conteste le symbole emblématique de Mars Global Surveyor. Grâce à cet instrument, qui tire vers la surface de Mars des salves de faisceaux lasers en mesurant le temps nécessaire à un aller retour, les reliefs martiens sont aujourd’hui connus avec une précision similaire voire supérieure à celle des reliefs terrestres.

L’altimètre laser a en particulier démontré l’existence d’une pente topographique entre l’hémisphère sud et l’hémisphère nord, qui a probablement contribué au drainage d’immenses quantités d’eau à l’échelle de la planète. Il a également prouvé l’extrême platitude des plaines de l’hémisphère nord. Ces dernières, qui ressemblent à s’y méprendre aux plaines abyssales des océans terrestres, laissent penser que la planète Mars aurait peut-être possédé un vaste océan nordique dans un lointain passé. L’altimètre a enfin permis d’estimer pour la première fois la quantité d’eau piégée dans les deux calottes polaires : elle serait égale à une fois et demi la quantité de glace du Groenland.

Malgré la beauté et l’esthétisme de la carte altimétrique fournie par Mars Global Surveyor, ce sont surtout les images à haute résolution qui resteront dans l’esprit du public. Mars Global Surveyor est effectivement équipée d’une caméra (MOC) capable de renvoyer des images étonnamment précises et fines de la surface martienne. A une résolution de quelques mètres par pixel, la planète Mars nous a dévoilé un visage jusqu’ici insoupçonné. A l’heure actuelle, la caméra MOC a obtenu plus de 58 000 images, librement consultables sur Internet .

Parmi les découvertes les plus spectaculaires réalisées par cette caméra, on retiendra surtout l’observation de ravines qui attesteraient de l'écoulement d'eau liquide en surface dans un passé récent, ainsi que la mise en évidence d’importants dépôts sédimentaires qui pourraient s’être formés dans un environnement fluvial ou marin. La caméra MOC a en outre révélé l'omniprésence de dunes de sable, et l’importance de l’érosion éolienne.

D’autres instruments ont également contribué de façon non négligeable à l’étonnant bilan scientifique de Mars Global Surveyor. En analysant le rayonnement infrarouge émis par la surface martienne, le spectromètre TES a permis de déterminer sa composition minéralogique. Si le TES a confirmé que les terrains martiens sont principalement composés de laves volcaniques, il a aussi montré que le type de laves variait selon les hémisphères : l’hémisphère sud de la planète semble dominé par des basaltes, alors que l’hémisphère nord est riche en andésite, une roche volcanique plus différenciée dont la présence sur Mars n’est pas clairement expliquée.

Une forte concentration d’hématite, un oxyde de fer souvent lié à une activité hydrothermale, a également été détecté dans la région de Sinus Meridiani. L’un des deux robots que la NASA compte envoyer vers Mars en 2003, atterrira probablement dans ce secteur prometteur pour la recherche d’eau ou d’une éventuelle vie martienne.

Profitant de l’allongement de la période d’aérofreinage et de passages multiples à basse altitude, le magnétomètre MAG/ER a pu mettre en évidence une forte magnétisation de la surface martienne , en particulier au niveau de l’hémisphère sud. Cette magnétisation prouve que la planète rouge a possédé dans un lointain passé un champ magnétique global et actif. Aujourd’hui, ce dernier a complètement disparu, et seules subsistent les aimantations fossiles qu’il a imprimées dans les roches martiennes.

En combinant des données altimétriques et des mesures du champ de pesanteur réalisées par son relais radio, Mars Global Surveyor a également pu fournir le premier modèle de la structure de la croûte martienne. Cette échographie du sous-sol a aussi révélé la présence d’anciens chenaux, enfouis sous des tonnes de sédiments et de poussières au niveau de l’hémisphère nord.

L’apport de Mars Global Surveyor a enfin été significatif dans le domaine de la climatologie et de la météorologie. En examinant la planète Mars pendant une année entière, la sonde a permis aux scientifiques de mieux comprendre la dynamique de l’atmosphère, les changements saisonniers, ou encore le rôle de la poussière dans de nombreux phénomènes météorologiques.

Malgré ses états de service, la NASA n’a accordé aucun jour de répit à Mars Global Surveyor, dont la mission a récemment été prolongée jusqu’en avril 2002. L’orbiteur va profiter de cette extension de mission pour parfaire la couverture cartographique de Mars et étudier en détails les sites d’atterrissage des futures sondes martiennes. Si Mars Global Surveyor est encore opérationnelle en 2004, elle pourrait même relayer les communications des rovers MER-A et MER-B de la NASA.

Geoman Cet article a été publié pour la première fois sur le site Geoman.Net.

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