Chroniques martiennes

La glace a-t-elle été à l’œuvre sur Mars ?

Vendredi 19 janvier 2001
Vallées sèches en Antarctique (Crédit photo : droits réservés)
D’après une géologue travaillant au Bureau Géologique des Etats-Unis (U.S. Geological Survey), les plus grands chenaux martiens pourraient avoir été creusés par des coulées de glace, et non par des inondations catastrophiques.

Grâce aux sondes Mariner 9 (1971) et Viking (1976), on a découvert à la surface de Mars des immenses chenaux larges de plusieurs dizaines de kilomètres et qui s’étendent sur des centaines de kilomètres. La plupart de ces vallées géantes naissent au Nord ou à l’Est du grand canyon de Valles Marineris au niveau de régions chaotiques, pour aller se jeter ensuite dans le bassin de Chryse Planitia.

De nombreux planétologues pensent que ces chenaux ont été creusés par des inondations cataclysmiques. Le débit des flots rugissants qui ont façonné les plus imposants d’entre eux, a été estimé à 10 000 fois celui du Mississippi. Pour certains scientifiques, ces volumes d’eau sont trop importants en regard des estimations des ressources en eau de la planète Mars, et l’érosion fluviale ne peut être tenue pour responsable du creusement des chenaux. Dans ce cas, quel est le mécanisme à l’origine de leur formation ?

Dans une étude à paraître dans le numéro du 1er février de la revue Geophysical Research Letters, une géologue travaillant pour l’U.S. Geological Survey aux Etats-Unis (Flagstaff, Arizona) a noté des ressemblances troublantes entre des coulées de glace en Antarctique et des chenaux martiens comme Ares ou Kasei Vallis.

Le docteur Baerbel Lucchitta a étudié des flots de glace qui serpentent à l’intérieur de la calotte qui recouvre l’Antarctique, avant de rejoindre le plateau continental. Invisibles depuis la surface, ces rivières de glace ont pu être observées grâce à des satellites équipés de radar.

En comparant les coulées du continent antarctique et certains chenaux martiens, Baerbel Lucchitta a noté d’étonnantes similitudes morphologiques. L’exemple le plus frappant est offert par la coulée Rutford, en Antarctique, et le chenal d’Ares Vallis, sur Mars, qui a été exploré en juillet 1997 par la sonde américaine Pathfinder.

Sur son parcours, le flot de glace Rutford diverge autour d’un monticule qui obstrue son lit. Le contour du monticule rappelle étrangement une île située sur le passage d’Ares Vallis. Un peu plus loin, Rutford rejoint la plate-forme continentale Ronne, la zone de rencontre avec l’océan étant marquée par des stries curvilignes. Or, des lignes courbes identiques apparaissent dans la région où Ares Vallis se jette dans l’hypothétique océan martien, qui selon certains scientifiques occupait jadis les plaines de l’hémisphère nord.

D’après Baerbel Lucchitta, Ares Vallis aurait donc été sculpté par de la glace mouvante, qui aurait fini par déboucher dans une vaste étendue d’eau éventuellement couverte d’une croûte de glace. Toujours selon la géologue, des lentilles de glace pourraient encore exister sous la surface poussiéreuse du chenal. Le radar embarqué sur la sonde européenne Mars Express – dont l’arrivée sur Mars est prévue en 2003 - devrait permettre de confirmer cette hypothèse.

D’autres analogies structurales ont été décelées entre les coulées de l’Antarctique et le grand chenal de Kasei Vallis. Des observations réalisées à l’aide d’un sonar au niveau du plancher océanique de la zone de Ross, ont mis en évidence des rainures et des cannelures qui ressemblent à s’y méprendre à celles que l’on peut trouver au niveau de Kasei Vallis.

Même s’ils sont essentiellement basés sur de la photo-interprétation - procédé où la prudence est de rigueur - ces travaux sont intéressants à plus d’un titre. Non seulement ils apportent des arguments en faveur de la théorie d’une ancienne Mars humide, mais encore ils confortent l’hypothèse de l’existence d’un océan nordique dans un lointain passé. Notons que d’autres chercheurs privilégient également l’action de la glace pour expliquer la formation des vallées martiennes.

Geoman Cet article a été publié pour la première fois sur le site Geoman.Net.

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