Chroniques martiennes

L'élément corrosif du sol martien enfin identifié ?  

Lundi 25 septembre 2000
La surface de Mars vue par Viking 1 (Crédit photo : NASA/JPL)
En 1976, deux sondes américaines Viking atterrirent à la surface de Mars pour tenter d'y déceler d'éventuels organismes vivants. A l'époque, les scientifiques étaient convaincus que les trois détecteurs biologiques embarqués allaient enfin permettre de régler une fois pour toute l'épineuse question de la vie martienne. De nombreux tests avaient été réalisés sur Terre pour valider l'instrumentation et tous les scénarios possibles avaient été passés en revue. Mais la planète rouge a toujours eu plus d'un tour dans son sac...

Lorsque les sondes Viking ont transmis à la Terre les premiers résultats, ceux-ci ont d'abord déclenché une véritable euphorie. Juste après le mélange d'une pincée de sol martien avec un soupçon de bouillon de culture dans les chambres de culture, des réactions très vives avaient lieu ! Selon les cas, les capteurs notaient un fort dégagement d'oxygène ou une consommation d'éléments nutritifs.

Toutes ces réactions étaient compatibles avec une activité biologique et la présence de microorganismes dans le sol martien. Mais les résultats d'un quatrième instrument, un appareil capable d'identifier des quantités infimes de molécules organiques - la matière qui constitue tout être vivant - allaient jeter le trouble.

Ce fut avec stupeur que les scientifiques s' aperçurent, en parcourant les données fournies par cet instrument, que le sol martien ne contenait pas la moindre trace de matière organique. En toute logique, celui-ci aurait dû au moins en contenir de petites quantités. Le sol lunaire, s'il est parfaitement stérile, contient pourtant de la matière organique d'origine chimique apportée par les chutes de météorites. Même en l'absence d'êtres vivants, le sol martien aurait dû par conséquent être ensemencé en matière organique par les météorites, et l'instrument aurait dû afficher un résultat positif. Sans matière organique, impossible d'envisager la présence de microbes. Comment expliquer alors l'intense activité enregistrée dans les chambres de culture ?

Pour concilier les résultats contradictoires des analyseurs biologiques et du détecteur de matière organique, les scientifiques firent l'hypothèse que le sol martien était finalement bien plus actif que prévu. Celui-ci devait contenir des composés très corrosifs responsables de nombreuses réactions chimiques parasites.

Jusqu'à présent, et malgré de nombreuses expériences en laboratoire, les chercheurs avaient été dans l'incapacité d'identifier formellement les molécules gloutonnes du sol martien. S'ils plaçaient volontiers l'eau oxygénée et les oxydes métalliques dans la liste des suspects, rien n'avait permis de trancher. Et finalement, certains chercheurs doutèrent de cette hypothèse chimique et clamèrent haut et fort que les détecteurs Viking avaient bel et bien trouvé de la vie à la surface de Mars.

L'hypothèse d'un sol hautement réactif qui aurait perturbé les expériences des Viking, est malgré tout reconnue par la majorité de la communauté scientifique. Elle semble aujourd'hui bien partie pour le rester : selon une étude parue dans le numéro du 15 septembre 2000 de la revue Science, le mystérieux composé oxydant du sol martien aurait enfin été identifié.

Des scientifiques du Jet Propulsion Laboratory et de l'université de Caltech ont mimé en éprouvette les conditions qui règnent à la surface de Mars. Une poudre simulant le sol martien a été placée dans un tube, qui a ensuite été rempli à ras bord d'un mélange gazeux similaire en composition et en pression à l'atmosphère martienne. La température a ensuite été portée à - 30°C, puis l'ensemble a été exposé à un flux de rayons ultraviolets

Assez rapidement, les chercheurs ont vu apparaître à la surface des grains minéraux des molécules d'oxygène chargées négativement que l'on nomme superoxydes. 'Nous avons simulé l'environnement de la surface martienne dans notre laboratoire, et trouvé que la combinaison des ultraviolets, des grains minéraux, de l'oxygène atmosphérique et des conditions extrêmes de sécheresse, produit des ions superoxydes' a indiqué Albert Yen, un scientifique du JPL.

Les superoxydes ont toutes les propriétés rêvées pour expliquer les bizarreries des Viking. Capables de détruire des molécules organiques, ils dégagent également de l'oxygène en présence d'eau. Il ne faut cependant pas perdre de vue que ce résultat intéressant provient d'une simulation en laboratoire qui diffère peut-être grandement de la réalité (notre connaissance du sol martien, notamment, reste incomplète).

Produit en abondance en surface, les superoxydes pourraient migrer dans le sol et le rendre oxydant jusqu'à une certaine profondeur. D'après les tranchées creusées par le bras robotique des Viking, la surface serait toujours corrosive à 10 cm de profondeur. Les prochaines sondes martiennes seront donc probablement obligées de délaisser la surface pour continuer la quête du vivant dans les entrailles du sous-sol de Mars.

Geoman Cet article a été publié pour la première fois sur le site Geoman.Net.

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