Chroniques martiennes

Le mystère des carbonates martiens (2ème partie)

Vendredi 14 avril 2000
White Rock (Crédit photo : NASA/JPL)

Pourtant, selon certains chercheurs, la détection des carbonates reste possible en analysant la lumière solaire réfléchie par la surface martienne avec un spectromètre proche infrarouge, c'est-à-dire travaillant dans de courtes longueurs d'onde. 

Pour Lawrence Soderblom, le spectre proche infrarouge établi par la sonde Deep Space 1 lors de son passage dans la banlieue martienne pourrait montrer des bandes caractéristiques des carbonates. La réponse pourrait également se trouver déjà dans les spectres infrarouges dressés par le satellite européen ISO. Il suffirait de les regarder attentivement. 

Des chercheurs optimistes s'étaient également attaqués au problème des carbonates martiens depuis des observatoires terrestres. Les résultats se sont révélés étonnants, puisque certains spectres infrarouges montraient bel et bien des bandes caractéristiques de ces minéraux. Mais devant l'impossibilité de les détecter dans une situation privilégiée à 400 km au-dessus de la surface de Mars, certains pensent que les appareils terrestres n'ont enregistré que des grains de poussière surchauffés en suspension dans l'atmosphère martienne. 

Pour obtenir une réponse définitive et savoir si Mars cache réellement dans ses entrailles les précieux carbonates, il faudra vraisemblablement attendre que les prochaines missions arrivent à destination : l'orbiteur de la mission Mars Surveyor 2001 avec son spectromètre THEMIS, mais surtout la sonde européenne Mars Express prévue pour 2003. Ce satellite de l'Agence Spatiale Européenne (ESA) doit embarquer un spectromètre proche infrarouge doté d'une résolution spatiale de quelques centaines de mètres à peine. 

Quant au spectromètre de Mars Global Surveyor, il a quand même permis d'enterrer un mythe. Il existe à la surface de Mars une formation qui fait (ou faisait) rêver tous les géologues. Connue sous le nom de White Rock (la Roche Blanche), c'est une concrétion blanchâtre qui obstrue le fond d'un ancien cratère. White Rock a souvent été cité comme l'exemple typique d'un dépôt de carbonates ou d'évaporites (roches salées cristallisant lors de l'évaporation d'un lac). Cette région constituait donc une cible de choix pour le spectromètre de Global Surveyor. Mais encore une fois, les carbonates ont brillé par leur absence. White Rock ne serait rien d'autre qu'une accumulation décevante de grains de poussière cimentés. Et si le dépôt apparaît blanc plutôt que coloré, c'est simplement par contraste avec les terrains plus sombres avoisinants.

Terminons par une note d'espoir. Malgré un échec cuisant dans la recherche de carbonates, le spectromètre TES a cependant mis en évidence un autre minéral dont la formation est liée à la présence d'eau : un oxyde de fer connu sous le nom d'hématite. Mars Global Surveyor en a découvert une énorme concentration (une zone de 200 sur 500 km) dans la région de Sinus Meridiani, au niveau de l'équateur martien. 

L'hématite est un minéral très répandu à la surface de Mars (le sol martien doit sa couleur rouge caractéristique à la présence d'oxydes de fer) mais il est ici sous la forme de gros grains, ce qui indique qu'il a du cristalliser en présence de vastes quantités d'eau, peut-être dans un lac ou au niveau de sources volcaniques chaudes. 

Le spectromètre de Mars Global Surveyor a également mis en évidence une deuxième concentration locale d'hématite à l'intérieur d'un cratère du secteur d'Aram Chaos, qui aurait pu accueillir un ancien lac il y a des milliards d'années. 

Malgré les deux exemples que nous venons de citer, la découverte de sédiments lacustres reste exceptionnelle. La plupart des anciens lacs sont recouverts par un épais manteau de sédiments qui empêche toute détection. L'érosion peut jouer son rôle en décapant cette couche superficielle, mais le dépôt lacustre mis à nu est alors livré à lui-même. Très fragile et friable, l'érosion n'en fera qu'une bouchée au bout de quelques centaines de millions d'années. La détection des dépôts lacustres n'est donc possible que sur des sites qui n'ont été exposés à l'air libre que très récemment. 

Les photographies du secteur de Sinus Meridiani prises par la caméra de Mars Global Surveyor montrent une surface fortement érodée avec très peu de dunes, couverte par de nombreux cratères d'impact très anciens et abîmés. Tout semble indiquer que le lit rocheux a été exhumé très récemment, une véritable aubaine pour les chercheurs. 

Sinus Meridiani est naturellement devenu une zone de prédilection pour la recherche d'une éventuelle vie martienne, à tel point qu'il a été sélectionné comme site d'atterrissage potentiel pour l'un des futurs atterrisseurs de la NASA. Qui sait si une fois sur place, nous n'y trouverons pas enfin nos fameux carbonates ?

Geoman Cet article a été publié pour la première fois sur le site Geoman.Net.

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