Chroniques martiennes

Une boite noire pour les sondes martiennes

Mardi 9 mai 2000
L'atterrisseur de Mars Surveyor 2001 (Crédit photo / NASA/JPL)

La perte de Mars Polar Lander a été une tragédie pour les ingénieurs et les scientifiques qui avaient investi plusieurs années sur cette mission, mais le sentiment d'échec aurait pu être moins douloureux si l'on avait pu expliquer la disparition de l'atterrisseur. Or, suite à l'absence de données télémétriques pendant la phase de descente, nous ne pouvons nous livrer, au mieux, qu'à des spéculations.

Une situation intolérable pour la NASA, qui est fermement décidée à ne plus se laisser surprendre de la sorte. En prévision des futurs désastres qu'elle pourrait essuyer avec la planète rouge, elle va équiper ses prochains atterrisseurs d'une boite noire.

La fameuse boite noire serait du même type que celles qui équipent les avions. C'est un enregistreur de bord qui sauvegarde une quantité impressionnante de paramètres pendant toute la durée du vol. L'appareil est capable de survivre à pratiquement n'importe quel crash et peut encaisser sans broncher des impacts de plus de 3000 G. Dans un avion, la boite noire est l'élément clé pour comprendre les circonstances d'un accident. C'est ce concept qui va être transposé aux sondes martiennes, mais avec quelques différences qui n'ont rien de subtiles.

D'après la NASA, Mars Polar Lander se serait écrasée à la surface de Mars suite à la coupure accidentelle de ses rétrofusées, à 40 m au-dessus de la surface. Au lieu d'atterrir comme une plume à environ 2 m/s, la sonde a touché le sol martien avec une vitesse dix fois supérieure et s'est littéralement pulvérisée. Pourtant, malgré les apparences, ce crash peut être qualifié de relativement doux et l'on peut facilement imaginer des scénarios catastrophes d'une toute autre ampleur. Les ingénieurs devront donc prévoir toutes les situations possibles et la boite noire des sondes martiennes sera conçue pour résister à des impacts de 15 000 à 20 000 G.

Pour supporter des chocs aussi violents, l'enregistreur sera taillé dans des matériaux très résistants comme le titane ou le Kevlar. Les circuits électroniques seront intégrés dans un bloc rigide et indéformable. La boite noire sera ainsi d'une extrême robustesse tout en ne pesant que 7 kg.

Le premier exemplaire pourrait être monté sur un atterrisseur en 2003 et l'idée a été également proposée à l'équipe britannique responsable de la sonde Beagle 2, qui partira la même année. Mais avec un poids total alloué de 60 kg (soit dix fois moins que la sonde américaine Pathfinder), Beagle 2 ne peut pas s'encombrer d'une boite noire, à moins de laisser au sol une bonne partie de ses instruments scientifiques.

Bien entendu, contrairement aux boites noires des aéroplanes, aucune équipe d'astronautes ne sera dépêchée sur Mars pour aller récupérer le précieux enregistreur. Après le crash, celui-ci transmettra sa moisson de données à la Terre en passant par un satellite de télécommunication martien. La boite noire aura donc sa propre source d'énergie, ce qui n'est pas le cas des enregistreurs embarqués sur les avions. Ceux-ci sont en effet dépendants de l'alimentation électrique de l'appareil et une baisse soudaine de tension peut très bien affecter leurs performances. Les boites noires martiennes posséderont donc deux avantages sur leurs homologues terrestres : elles seront plus résistantes et elles auront le privilège de fonctionner jusqu'à la dernière seconde !

Geoman Cet article a été publié pour la première fois sur le site Geoman.Net.

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